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    Hérédité
    Par Shangols Le 18/10/2018
    Miracle ! Un premier film qui ne se contente jamais de copier ses aînés, et qui cherche même de nouvelles voies pour accomplir son but : faire trembler son spectateur, et pour cette fois pas seulement adolescent. Oui, il existe encore des jeunes cinéastes de genre qui ne se contentent pas d'ouvrir paresseusement le tiroir-caisse en accumulant les jump-scares en carton. Les références de ce Aster sont bien plus nobles, et vont chercher du côté du Polanski de Rosemary's Baby ou du Kubrick de Shining. Pas moins. Au départ, devant la situation de départ, on est en droit de douter qu'on aura droit à un aussi bon film : la patriarche de la famille Graham meurt, et cette mort va commencer à déclencher au sein de la famille, et particulièrement auprès de sa fille Annie, quelques dérèglements zarbis. Une folie d'abord douce, mais qui va, au gré des événements qui peu à peu envahissent la vie de la famille, déboucher sur de l'hystérie pure, à grands renforts de fantômes, de doppelganger, de paranormal et de satanisme. Rien de nouveau, on le voit, et on peut même dire que le scénario mange un peu à tous les râteliers, au point de devenir limite fourre-tout : on a du mal à voir où Aster veut en venir avec son histoire, où nos regards doivent se diriger pour avoir vraiment peur, et ce n'est pas le final, aussi grand-guignol que celui de Polanski, qui infirme la tendance. Le scénario est assez raté, quoi, à peine peut-on y lire une variation sur le Mal qui se transmet de mère en fille, mais ça ne va pas très loin.

    Là où le film trouve tout son talent, c'est dans la pure mise en scène, où on peut dire que le petit gars Aster excelle. Le gars n'est strictement jamais là où on l'attend, redéfinissant sans complexe toute la grammaire de l'horreur. D'abord parce que le film est très lent et assez long (2h10), et qu'il utilise ce temps pour faire monter très lentement la pression plutôt que de nous servir un numéro de grand-huit. Il n'y a dans Hérédité pratiquement aucune scène d'horreur pure, avec monstres ou apparitions dans les placards. A la place, des détails tout petits qui foutent bien les jetons (un claquement de langue, le physique décalé d'une fillette, une séance de spiritisme à la fois drôle et effrayante), une manière de distiller avec beaucoup de patience les motifs déviants. Le mal s'infiltre lentement dans cette famille, sans bruit, sans coups d'éclat, et si la mère est envoûtée, c'est bien plus par une dépression héritée de sa mère, puis d'un accident traumatique (que je ne dévoilerai pas), que par un démon grimaçant. En vrai démiurge manipulateur, Aster dirige son petit théâtre de marionnettes, envoyant sans pitié au casse-pipe l'intégralité de sa fatale smala. On peut lui reprocher cette hauteur, mais le fait est que ça fait son effet : le tout est comme enserré dans un dispositif de maisons de poupées (le personnage principal prépare une expo sur ce thème) dans lesquelles les personnages s'agitent façon rats de laboratoire. Voilà qui ramène au labyrinthe de Shining, et ce ne sera pas le seul parallèle dans cette histoire de mère qui pète les plombs jusqu'à la folie.

    Aster a compris qu'il n'y a pas de bon film d'horreur sans bon méchant, et il trouve dans son interprète principale le personnage idéal : à la fois grotesque et terrifiante, tour à tour perdue et complètement folle, Toni Collette instille de l'humour dans le personnage de son monstre, et accepte d'être parfois laide, parfois ridicule. Le film trouve l'image la plus terrifiante vue depuis bien longtemps, un truc qu'on croirait tout droit sorti d'un cauchemar d'enfant : une mère qui cherche à rentrer dans une pièce en se cognant la tête contre la porte, collée au plafond, en vitesse accélérée. Les autres acteurs sont à cette hauteur ; si Gabriel Byrne n'a pas grand chose à jouer dans le rôle du témoin-victime classique, les enfants sont assez géniaux, depuis cette petite défigurée (Milly Shapiro) jusqu'à ce grand ado hanté par la culpabilité et titillé par ses gênes (Alex Wolff). On finit par être convaincu que tout peut arriver dans ce quotidien banal en surface, que le diable se nourrit de détails, et que ce jeune cinéaste a tout compris des mécanismes de la peur. On lui souhaite en tout cas l'avenir brillant qu'il mérite.

    Site web:  http://shangols.canalblog.com/

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    La nuit a dévoré le monde
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    Dominique Rocher (II) avec son premier long-métrage poursuit ce qui avait été entrepris par le film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, "La Horde", mais aussi avec le film "Goal of The Dead" de son compère seul cette fois-ci, Benjamin Rocher (aucun lien fils unique, non enfin il a un frère producteur mais qui s'appelle Raphaël) à savoir mettre à l'honneur le film de zombie en France. Contrairement à "La Horde", et même si le film de Dominique Rocher reste un huis-clos, la partie "action" du film s'en tient à la portion congrue, et le réalisateur nous propose un drame existentialiste un peu plus contemplatif, plus cinéma indépendant type Sundance ou "les Revenants" pour rester dans la veine française, et qui pourrait rappeler le livre "Je suis une Légende" de l'écrivain , Richard Matheson (écrivain américain de la nouvelle qui donnera Duel de Steven Spielberg).

    Le scénario du film, lui-même adapté du roman éponyme français "la nuit a dévoré le monde" de Pit Agarmen (pseudonyme de l'écrivain français Martin Page) est écrit à six mains, Dominique Rocher, Jérémie Guez et Guillaume Lemans (qu'on ne présente plus en ces pages, notamment collaborateur privilégié de Fred Cavayé et Yann Gozlan et scénariste également de l'intriguant "Dans la brume"). Martin Page ayant donné à Dominique Rocher et à ses coscénaristes les pleins pouvoirs pour l'adaptation, ils s'éloignent donc du récit épistolaire, forme du roman pour adapter ce dernier à l'écran de manière cinégénique.

    Le film démarre donc sur l'histoire de Sam, qui se rend à la soirée de fête de son ex, et qui suite à une saoulerie en solo, se retrouve à dormir chez l'ex en question, prostré, dans la pièce où tout le monde dépose son manteau et ses effets personnels. A son réveil, l'appartement est complètement retourné, il y a du sang partout, et les rues de Paris en contrebas sont envahies de mort vivants.

    Il n'y a bien sûr, aucune explication logique à la présence des morts vivants, et il n'y en aura jamais de tout le métrage, sans doute peut-on en déduire une raison sociale d'éloignement et d'incommunicabilité des êtres vivants, comme l'avait plutôt bien illustré Edgar Wright dans son fascinant Shaun of the Dead. Mais c'est la seule hypothèse qu'on pourra en tirer.

    L'intérêt se situant ailleurs, dans la cartographie des déplacements de Sam à travers l'immeuble après qu'il en ait condamné les mauvaises portes (comprendre les appartements qui contiennent encore des zombies) et en avoir marqué la présence de croix à la craie. Mais aussi dans son quotidien, constitué de recherches de nourritures, et d'objets nécessaires à sa survie, mais aussi des rencontres qu'il pourra faire, bonne ou mauvaise. Sam finit d'ailleurs par trouver un zombie coincé dans une cage d'ascenseur qu'il parvient à enfermer complètement dedans, en bloquant la porte, et qui devient à la fois le confident et l'exutoire de sa folie et de sa peur de finir comme ceux dont il se défend.

    Sam trouve également une batterie, et en joue parfois pour s'exprimer, mais aussi pour quelque part défier les monstres en dessous de lui qui ne réagissent qu'aux sons et stimulis sonores. Cette relation à la musique est aussi paradoxalement ce qui marquera sa descente légère vers la folie. Sam commence à perdre la raison, mais les morts vivants eux, fluctuent entre deux états, végétatifs amorphes et en mode "horde", gesticulants et vociférants rappelant un peu le jeu vidéo "Left for dead". Il n'y a au contraire d'un Zombie, pas de métaphore trop sociale sur la zombification de la société, et les rares objets que se procure Sam, lui servent plus à agrémenter son quotidien qu'à punir les zombies.

    Certes, il trouve bien un fusil, des balles, et un fusil de paint-ball, mais il ne s'en sert qu'en dernier recours, et privilégie le fusil de paint-ball pour son exercice de tir quotidien sur les Zombies, qui est débarrassé de toutes velléités de vengeance ou de colère et devient donc une activité inoffensive, et parfois même amusante pour le spectateur. L'ennui ne prend jamais le pas sur la découverte, et on se surprend même une fois le générique de fin déroulé, à espérer un chapitre 2, narrant les tribulations de Sam sur les toits de Paris à la manière d'un Giono dans le Hussard sur le Toit, ou d'un Italo Calvino dans le Baron Perché, les zombies grouillant en dessous en plus.

    Au final un film dont la vision est plus que largement recommandée, surtout si vous aimez le cinéma contemplatif mais pas que, et pour le plaisir de voir Anders Danielsen Lie dans un rôle vraiment pas facile, lui qui explose dernièrement parait-il dans le nouveau Greengrass, même si personnellement, son élocution française m'a un peu dérangé ici. Et quant à l'apparition de Denis Lavant dans le rôle du zombie "domestique" Alfred, ce qui est amusant, c'est que sans savoir que Denis Lavant jouait dans le film, en découvrant Alfred, j'ai trouvé qu'il ressemblait un peu à ce comédien, et je m'imaginais ce que ça serait si c'était Denis Lavant, le tout donc sans savoir qu'il s'agissait bien de lui. Je me tais volontairement sur la participation au film de Golshifteh Farahani pour le plaisir du spectateur de sa découverte, dans un personnage assez proche d'un autre personnage du Zombie de Romero (1978).

    Tout est plus que réussi dans ce film, la musique, le cadrage, le montage, les jeux de lumières, le scénario bien sûr, et l'interprétation de tout le casting, zombies compris. En ce qui concerne le film, je me risquerais presque à traiter une interprétation personnelle car avec le fait de voir l'appartement, la fête, et ces plans de début impersonnels qu'on voit dans tous les films français de la nouvelle vague, et de la nouvelle nouvelle vague, j'irais presque jusqu'à dire que Dominique Rocher et ses scénaristes, pastichent le scénario du film français type et le font littéralement imploser de l'intérieur pour libérer l'imaginaire du film de genre dans Paris. Et même la présence de Denis Lavant enfermé dans sa cage d'escalier, et gesticulant et surjouant tendrait presque à valider cette hypothèse. Mais je resterais prudent en ne disant que ce n'est qu'une hypothèse, fort réjouissante il est vrai, mais une hypothèse uniquement.

    Quoiqu'il en soit, on est face à un film totalement réussi de bout en bout et dont on sent à chaque plan la passion pour son sujet. On trouve d'ailleurs dans les bonus du dvd, quelques featurettes trés intéressantes, quoique trop courtes, sur le chef maquilleur, le réalisateur, et le scénariste, interviewé par le journaliste Julien Dupuy. Et la bande originale est dispo également, ainsi que le premier court-métrage du réalisateur, "la vitesse du passé", terme aussi énigmatique qu'évocateur, avec un Alban Lenoir excellent comme toujours, et une Mélanie Thierry trés émouvante.

    Sorti en dvd le 15 octobre. Edité par Blaq Out. le site et la page Facebook de l'éditeur.

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