Anomalisa

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    NOTRE TEMPS EST COMPTÉ, NOUS L'OUBLIONS TROP SOUVENT. - Coincé dans une vie banale, Michael Stone, père de famille et auteur de "Comment puis-je vous aider à les aider" voit sa vie bouleversée lorsqu'il rencontre Lisa, représentante de pâtisseries, qui pourrait bien être l'amour de sa vie... Film d'animation dramatique de Charlie Kaufman (scénariste de Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et Duke Johnson, Anomalisa nous entraîne dans l'histoire émouvante d'un homme perdu dans sa condition ordinaire, aspirant à un peu de bonheur.
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    Anomalisa

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    (2.95 pour 29 notes)
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    DUREE:
    1h 30min
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    Synopsis du film Anomalisa

    Premier film en stop-motion de Charlie Kaufman, centré sur un homme paralysé par la banalité de sa vie.

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    tinalakiller
    Le 27/07/2016
    381 critiques
    Anomalisa, Grand Prix à la Mostra de Venise et nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation » (face à l’imbattable Vice Versa), était à l’origine une pièce de théâtre conçue pour être entendue : pour résumer, les acteurs interprétaient oralement leurs textes. Ainsi ils étaient accompagnés de cartons racontant l’histoire. A l’époque, David Thewlis, Jennifer Jason Leigh et Tom Noonan faisaient déjà partie du casting tout comme Carter Burwell s’occupait déjà de l’accompagnement musical. Cette adaptation de pièce a donc mis dix ans à voir le jour. Pas étonnant quand on voit le défi technique magnifiquement relevé (il faudrait être aveugle pour ne pas le constater) ! En effet il s’agit d’un mélange de stop-motion et de « poupées ». Il faut d’ailleurs savoir qu’on voit plutôt bien les manipulations des animateurs ainsi que certaines coutures au visage volontairement, comme si ces dernières étaient des cicatrices. Le résultat est donc assez étrange car le résultat est vraiment réaliste et en même temps il y a quelque chose de poétique qui en ressort. On retrouve le même concept dans le film. Je résume rapidement : le personnage principal (Michael Stone) est doublé par David Thewlis. Tous les personnages autour de lui (masculins et féminins) ont la même voix mais aussi le même visage. Ces derniers sont tous doublés par Tom Noonan. Enfin, c’est donc Jennifer Jason Leigh qui prête sa voix à la fameuse Lisa annoncée dans le titre. Ca peut dérouter mais on comprend rapidement le but : Michael Stone, au patronyme très commun, s’ennuie comme une pierre j’ai envie de dire. Tout se ressemble dans son monde. Lisa représente la différence, que ce soit oralement ou physiquement. Elle-même se sent différente et également complexée par son physique (elle a quelques kilos en trop), ce qui fait du mal également à sa vie sociale. Via le titre, Lisa est aussi liée à l’anomalie. L’anomalie accentue évidemment cette idée de différence. Le terme fait penser à quelque chose de maladif mais il ne faut pas oublier qu’en anglais ce terme peut aussi désigner l’idée de ne pas se sentir à sa place. Cela prend encore plus de sens par rapport à ce qui est défendu dans le film.
    Certes le propos en lui-même n’est pas révolutionnaire, c’est-à-dire choisir entre le conformisme (qui ne convient pas nécessairement à tout le monde, pouvant nous plonger dans l’ennui) et la liberté, surtout celle de vivre sa vie comme on l’entend et non par rapport à ce que la société nous dicte. Pourtant, justement, ce qui saute aux yeux dans ce film est son originalité. Ca a le mérite d’être différent – et par conséquent, ça a aussi le mérite de défendre jusqu’au bout la différence incarnée et revendiquée (ou non) par les personnages. Le résultat est donc surprenant dans le bon sens du terme même si j’espérais, au fil des scènes, être un petit plus remuée, notamment dans la décision finale de Michael Stone. Filmer l’ennui et la banalité n’est pas toujours évident (l’action étant en plus concentrée sur un temps limité), on peut très vite tomber dans le piège de rendre son film lui-même très pénible à regarder. Or, je suis rentrée tout de suite dans l’histoire et je ne me suis pas ennuyée même si on voit finalement, durant une journée, le quotidien (certes bouleversé par une rencontre mais ça reste dans l’idée de filmer la banalité) de Michael Stone. Le quotidien est notamment représenté par la fameuse scène de sexe dont on a pu tant entendre parler. Il faut avouer qu’elle est très réaliste, surtout pour un film d’animation. Avec le « buzz », j’avais un peu peur de sa gratuité (c’est-à-dire de la réaliser uniquement pour le défi technique) mais j’ai trouvé la démarche assez honnête. Ca a le mérite d’aller au bout de ses idées… et au fond ça fait du bien de voir des corps « normaux », voire même différents de ce qu’on voit habituellement dans les médias (et même – et surtout ? – au cinéma), sans vulgarité, juste montrer ce que feraient deux êtres après une belle rencontre. Le doublage de voix, assez par David Thewlis et Jennifer Jason Leigh (cette dernière a été nommée aux Independant Spirit Awards pour sa performance vocale), est par ailleurs excellent, permettant d’accentuer toutes les nuances d’une humanité partagée entre la déprime du conformisme et l’espoir de vivre réellement. Tom Noonan a également fait un excellent travail en doublant divers personnages et rendant le monde qui entoure Michael Stone encore plus angoissant.
    Le sentiment d’étrangeté qui apparaît grâce à différents éléments (dont cette fameuse histoire avec les voix et les visages similaires) se produit justement entre la banalité omniprésente (que ce soit par les personnages et la situation en générale) et le motif (pourtant habituel) de l’hôtel, le lieu où se déroule principalement l’intrigue de cette oeuvre. Il se nomme le Fregoli, en référence à l’artiste ventriloque du même nom. Il était réputé pour ses changements de costumes, pouvant interpréter cent rôles costumés dans un même spectacle. On a repris son nom pour un terme psychiatrique. le syndrome de Fregoli. Les personnes atteintes de ce syndrome sont persuadées d’être persécutées par une autre personne en imaginant cette dernière déguisée et changeant régulièrement d’apparence. Ce sentiment de paranoïa, éprouvé par Michael Stone, est bel et bien présent, l’illustration visuelle correspond bien à ce qui se passe dans l’esprit de cet homme. Le co-réalisateur Charlie Kaufman est donc décidément obnubilé par cette question autour de l’homme-marionnette qui était déjà au coeur du déroutant Dans la peau de John Malkovich (Being Malkovich) de Spike Jonze dont il était le scénariste. En effet, rappelons-nous de certains éléments de ce film culte : Craig Schwartz (interprété par John Cusack) est marionnettiste. Il parvient à entrer dans le psychisme de l’acteur et par conséquent à le manipuler. On y trouve également une scène, assez similaire au concept proposé dans Anomalisa : comment ne peut-on pas faire le rapprochement avec cette scène dans laquelle John Malkovich lui-même est dans son propre psychisme et voit ses différents « doubles » ? Son illustration avec des marionnettes qui interprètent les personnages principaux prend alors encore plus de sens. Il n’y a rien de gratuit dans cette démarche, ni dans les autres éléments déjà relevés plus haut, la forme a pour but de servir le fond et finalement je trouve même que la forme et le fond trouvent tous les deux un bel équilibre. Je craignais que la forme, bluffante, prenne vraiment trop le dessus sur le fond mais finalement ce n’est pas le cas. Anomalisa est donc une jolie surprise avec une étonnante démarche artistique qui fonctionne jusqu’au bout.

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