A quatorze ans, Karen (Annette Bening) avait mis au monde une petite fille. Incapable de supporter cette charge, elle avait été contrainte la confier à une famille adoptive. Elle a depuis totalement perdu sa trace. Trente-sept ans plus tard, elle porte toujours cet abandon comme une blessure. Aigrie, caractérielle, constamment en colère contre les autres, elle ne s’est jamais mariée et vit seule avec sa mère (Eileen Ryan). La vieille femme, mourante, se blâme chaque jour d’avoir poussé Karen à abandonner son enfant, ruinant ainsi sa vie…
Elizabeth (Naomi Watts), la fille de Karen habite dans la même ville, Los Angeles. Avocate brillante, elle a beaucoup changé de poste et voyagé un peu partout aux Etats-Unis, mais, comme le remarque son nouvel employeur (Samuel L. Jackson), elle est toujours revenue au bercail. Peut-être, sans doute même, poussée par le désir inconscient de retrouver un jour sa mère biologique… Elle possède des traits de caractères communs avec sa mère – déterminée, passionnée, d’un abord un peu brut – et vit seule, elle aussi, accumulant les amants de passage…
En parallèle de cette histoire d’une relation mère-fille contrariée, on suit le parcours du combattant d’un couple stérile (Kerry Washington et David Ramsey) qui cherche à adopter un nouveau-né. Un orphelinat les met en relation avec une jeune femme de vingt ans (Shareeka Epps) qui ne désire pas garder le bébé qu’elle porte et pourrait éventuellement le leur confier après l’accouchement…
Mother & child est un film choral sur la maternité et la relation mère-enfant, déclinée sous toutes ses formes à travers une dizaine de personnages et de petites histoires qui vont plus ou moins finir par converger : mère contrainte d’abandonner son enfant ou choisissant délibérément de s’en séparer, fille confrontée à la mort de sa mère ou mère confrontée à la perte de sa fille, liens du sang ou liens fabriqués, maternité biologique ou adoption, mère réelle ou de substitution,… Les situations se répondent et se correspondent tout au long du film…
De nos jours, qui dit film choral dit Alejandro Gonzalez Iñarritu. On n’est donc guère étonné d’apprendre que l’auteur des brillants Babel, 21 grammes ou Amours chiennes maîtres-étalon du genre, oeuvre ici en tant que producteur.
Et on regrette qu’il n’ait pas pris lui-même la caméra pour réaliser ce film…
Rodrigo Garcia, réalisateur du médiocre Les Passagers, ne possède pas son talent pour relier de façon fluide les différentes subdivisions du récit. Il se contente d’empiler mollement des séquences toutes construites sur le même modèle, manquant de l’inspiration et de l’audace qu’aurait apportées un vrai cinéaste : plans larges et alternés basiques, champs-contrechamps sans aucune originalité.
Cela dit, il faut quand même reconnaître que Rodrigo Garcia a su relativement bien se sortir des pièges inhérents à ce genre de structure chorale.
Déjà, il respecte l’équilibre entre ses différentes histoires, apportant le même soin au traitement de chaque personnage. L’avocat joué par Samuel L. Jackson est certes un peu sacrifié par rapport aux autres mais il est vrai qu’il n’est qu’un personnage secondaire, et il a quand même droit, comme les autres, à des morceaux de scènes qui lui permettent de se mettre en valeur…
Ensuite, il se garde bien de verser dans l’émotion cheap, l’avalanche de pathos, le mélodrame tire-larmes. Même si la construction globale s’apparente à un mélo un peu trop complexe pour être honnête, le cinéaste joue la carte de la sobriété et d’une certaine pudeur. La façon dont il traite le décès de la mère de Kate, par exemple, est d’une retenue inhabituelle pour ce genre de production. Et tout est du même acabit, à une ou deux exceptions près. On lui en sait gré…
Enfin, il s’appuie intelligemment sur sa distribution, haut de gamme, pour rendre attachants les personnages et réussir, in fine, à susciter l’émotion, toujours sans verser dans le pathos ou la psychologie de bazar.
Et il fallait bien du talent pour nous rendre émouvants des personnages aussi antipathiques de prime abord.
Kate est une femme aigrie, colérique, odieuse avec son entourage – sa mère, sa femme de ménage, ses collègues… – mais c’est aussi une femme ultra-sensible, meurtrie, déchirée, privée d’une partie d’elle-même et rongée par la culpabilité.
Belle idée que d’avoir confié ce rôle complexe à Annette Bening, qui fait ici – et avec Tout va bien, the kids are all right de Lisa Cholodenko – son retour au tout premier plan après quelques années plus difficiles, jouant l’une de ses plus belles partitions d’actrice de sa carrière.
Le personnage d’Elizabeth n’est guère plus aimable : une garce qui n’hésite pas à séduire son patron ou son voisin, futur père de famille, une avocate offensive et redoutable, une femme qui ne veut s’attacher à rien et à personne… Mais elle aussi est bien plus sensible qu’elle ne paraît. Un événement inattendu, inconcevable, va la transformer, donner un nouveau sens à a vie… Naomi Watts s’en empare avec le talent et la grâce qu’on lui connaît. Elle est belle, lumineuse, intense et finalement, bouleversante…
Face à ces deux grandes actrices, la performance de Kerry Washington a l’air un peu plus fade, mais elle s’en sort également bien, négociant très honorablement une ou deux scènes difficiles à jouer, pour n’importe quelle comédienne…
Ce trio porte le film, mais les seconds rôles ont aussi l’occasion de se mettre en valeur : Eileen Ryan (la mère de Sean Penn) nous touche par ses regards perdus, tout comme la jeune Shareeka Epps.
Côté garçons, outre Jackson, stoïque comme un maître Jedi, on retrouve les excellents Jimmy Smits et David Morse. Tous sont également très bien dans leur rôle…
Le jury du dernier Festival du Film Américain de Deauville semble avoir adoré le long-métrage de Rodrigo Garcia puisqu’il lui a décerné son Grand Prix. Pour notre part, nous sommes un peu plus réservés. Le manque d’ambition de la réalisation, platement illustrative, nous a un peu gênés, mais Mother & child nous a finalement laissé une impression plutôt positive, grâce à ses beaux numéros d’acteurs et le côté universel de ses thématiques.
Vous pouvez vous forger votre propre opinion sur le film en le découvrant aujourd’hui en DVD et Blu-Ray, agrémenté de quelques bonus appréciables…
Site web:
http://www.anglesdevue.com/dvd/2011/04/26/mother-child-de-rodrigo-garcia/