Critiques du film: La Forme de l'eau
    La Forme de l'eau
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    La Forme de l'eau
    Vance
    Le 10/07/2018
    89 critiques
    Ce conte de fées moderne a fait couler beaucoup d’encre depuis le coup de tonnerre qui avait suivi sa projection à la Mostra de Venise. Des esprits chagrins lui ont trouvé trop de ressemblances avec le script de Splash, cette délicieuse production Disney de 1984 où Ron Howard mettait en valeur la plastique parfaite de Daryl Hannah devant les yeux perpétuellement étonnés d’un Tom Hanks quasi jouvenceau. Impossible de leur donner totalement tort, mais Del Toro, tout en conservant certains des ressorts dramatiques (si tant est qu’il s’en soit inspiré), est allé plus loin dans la démonstration, sortant le récit du cadre tranquille de la comédie familiale pour, parfois, choquer les âmes, stimuler l’imaginaire et sublimer les émotions, un peu à la manière dont les grands conteurs de jadis tentaient d’inculquer par le biais d’histoires sordides (mais se terminant toujours immanquablement bien) les valeurs nécessaires à la survie dans une société ingrate. Ici, donc, on torture et on avilit ceux qui sont différents, mais on copule et on se masturbe aussi. Le tout dans cette atmosphère aux couleurs singulières, vaguement rétrofuturiste qu’on retrouve déjà dans les Hellboy. Le génial réalisateur raconte son histoire avec sa sincérité touchante, sculptant avec la couleur, écrivant avec les ombres. Sa caméra d’une fluidité exquise sait s’immiscer, caresser et entrevoir tout en rendant parfaitement intelligible chacune des scènes d’action.
    De fait, la Forme de l’eau sait être instantanément beau avant d’être grand, de puiser sa réussite dans l’interaction parfaite entre les personnages moins caricaturaux qu’archétypaux et de faire résonner en nous des trésors de tendresse et d’empathie. Il est ainsi, avec le recul, plus subtil et retors qu’il n’y paraît, parvenant à notre grande surprise à nous faire du bien par ses choix narratifs, apaisant les âmes et ravissant les cœurs.


    Yuko
    Le 17/07/2018
    268 critiques
    En nous livrant un conte revisité, Guillermo del Toro fait le pari d’une oeuvre contemporaine, joyeuse et délicate. Une nouvelle formule de La belle et la bête en conte moderne, prônant la différence et la tolérance. Une oeuvre cinématographique à la photo parfaite et qui parvient à reconstituer une époque avec puissance et intérêt. Mais au-delà de ses images magiques et de la très belle prestation de ses comédiens, La forme de l’eau n’apporte pas de vision nouvelle ni de nouveau discours autour du thème de la différence. Un récit sublimé par les images savamment étudiées de Guillermo del Toro mais qui ne parviendra pas à me marquer durablement.

    Site web:  https://leblogdeyuko.wordpress.com/2018/05/03/la-forme-de-leau-de-guillermo-del-toro/
    nathvaaucinema
    Le 19/07/2018
    0 critique
    À sa sortie au cinéma en février dernier, j'ai plutôt été sceptique en découvrant La forme de l'eau, ne sachant pas vraiment me faire d'avis. À la fois émerveillée par l'univers visuel et déroutée par le ton du film, un nouveau visionnage en DVD cette fois-ci s'est imposé. Ainsi mieux préparée, j'ai pu re-découvrir le film de Guillermo del Toro, dont je connais étrangement peu la filmographie, pour mieux l'apprécier. Les bonus du DVD donnent d'ailleurs quelques clés sur la préparation du film.

    Je m'attendais à voir un film fantastique plutôt sombre et j'ai découvert un conte léger, à l'image de son héroïne généreuse, optimiste et un peu candide. Forcément, les couleurs, la musique et pas mal de détails de mise en scène font extrêmement penser à l'univers de Jean-Pierre Jeunet : une héroïne habillée de rouge dans des décors plutôt verts, une musique joyeuse et poétique, des petites manies du quotidien, ou encore ce style de transition d'un plan à l'autre avec un effet de fondu dans l'eau. Il y a justement eu polémique à la sortie du film, Jeunet s'est exprimé et a trouvé beaucoup de points communs avec Delicatessen et Amélie Poulain. Je suis plutôt de son avis et cela explique aussi mon opinion mitigée. J'ai eu une impression de déjà vu qui m'a empêché de ressentir les émotions que cette histoire pourrait provoquer.

    Grâce aux bonus du DVD, j'ai compris que les couleurs du film et beaucoup de détails dans les décors ont un sens profond. Ainsi l'appartement d'Elisa par exemple est dans des teintes très aquatiques et présente même des salissures d'eau infiltrée qui forment sur un mur la vague d'Hokusai (je ne l'avais pas du tout perçu dans le film, c'est dire à quel point on peut s'amuser à scruter les détails du décor pour trouver ce genre de référence cachée). Chaque lieu a sa propre teinte et évoque un sentiment, une atmosphère bien spéciale. En fait, tout a un sens, de la musique d'Alexandre Desplat, décidément très inspiré par divers styles musicaux et cinématographiques dernièrement, aux costumes et bien évidemment la créature.

    Derrière le monstre se cache Doug Jones, surtout connu pour son rôle du Surfer d'argent dans Les 4 fantastiques. Il a le physique parfait pour enfiler le costume de la bête sous marine, très grand, très mince. Il a étudié avec attention ses postures et la manière de se mouvoir car c'est son seul moyen d'expression. Le travail de métamorphose est extraordinaire. Aujourd'hui, pour ce genre de créature, on ferait plutôt appel au Motion Capture, à l'image d'un Gollum ou d'un singe humanisé. Mais Guillermo del Toro est attaché au costume, au vrai décor, et il a raison, l'acteur enfile une nouvelle peau pour se fondre avec son personnage. Les effets spéciaux viendront dans un second temps pour perfectionner ce qui n'est possible ni en maquillage, ni en trucage.

    La forme de l'eau est une histoire humaniste, le film met en valeur des minorités qui se révèlent, qui expriment du courage et de la générosité. Et puis les personnages sont assez extrêmes dans leurs genres. On a une muette, Elisa, l'héroïne jouée par Sally Hawkins, qui forme un duo avec la très bavarde Zelda, brillamment interprétée comme toujours par l'énergique Octavia Spencer. Jamais l'une sans l'autre à astiquer chaque recoin du centre de recherche, elles sont une sorte de Laurel et Hardy, tout semble les opposer et pourtant on ne peut pas les imaginer autrement qu'ensemble. Toutes deux sont mises à l'écart par la société, la première aillant un handicap qui l'isole socialement, la seconde est noire et au début des années 60 le racisme est omniprésent. Elisa a un ami, son voisin, lui aussi isolé par son homosexualité qu'il doit refouler. Ils vont alors s'unir pour tenter de sauver la créature, emportés par l'élan amoureux d'Elisa. Cet être aquatique est aussi seul, rejeté, marginalisé et imcompris par ceux qui donne le ton...

    Ainsi la romance prend le dessus, de manière très mignonne, une sorte de La Belle et La Bête aquatique, dont le ton si surprenant de légèreté se voit bousculer par le grand méchant du film. Michael Shannon aime décidément les rôles bizarres, grognons et malsains. Il devient la pire caricature de l'homme américain de cette époque, macho, avide de pouvoir, devant se sentir maître avec la soumission qu'il inflige à sa femme comme à chacun de ses employés ou collaborateurs. Il est détestable et donc certainement le meilleur personnage de ce film. Il incarne le pire de l'Amérique, c'est lui le monstre finalement.

    Là où je pensais trouver de la noirceur et de la complexité, j'ai découvert un film simple, poétique et à l'esthétique très maîtrisée. Peut-être trop maîtrisée pour que La forme de l'eau soit parfait. Le monde du début des années 60 dans une Amérique en pleine conquête spatiale et compétition avec les Russes est reconstituée de manière qui semble fantasmée et surréaliste par del Torro. Ce conte fantastique reste un réel plaisir pour les yeux et les oreilles, sa fantaisie divertie tout en abordant de manière métaphorique et subtile le sujet de l'intolérance.

    Site web:  http://nathvaaucinema.canalblog.com/archives/2018/07/19/36573473.html
    FredericTarantino
    Le 28/07/2018
    24 critiques
    "I believe in life, I believe in love and I believe in cinema"



    Ces mots qui sont loin d’être un simple mantra ou les premiers mots d'un roman, furent prononcés par Guillermo Del Toro et jamais une phrase n'aura si bien définit son homme. De "Cronos" en passant par "Le Labyrinthe de Pan" jusqu’à "Crimson Peak", il n'aura eu de cesse de partager avec nous ses passions. Que cela soit les monstres, humains ou non, les insectes, les mécanismes, lovecraft, l'alchimie, le cinéma et tant d'autre, prônant toujours la différence et la tolérance, avec une générosité qu'il n'a jamais feint. Une sincérité qui a atteint son apogée l'an dernier, lors de la mostra de Venise ou lors de la clôture du festival, après que le jury lui est remis le "Lion d'Or" du meilleur film pour "The Shape of Water", il prononça cette phrase ...



    Et l'on retrouve cela dans « La Forme de l'Eau » qu'il qualifie de « A fairy tale in troubled times » ou avec toute son énergie, il célèbre la vie comme Elisa, l'amour comme celui qui touchera la créature et la jeune femme sans voix, ainsi que le cinéma, qui en plus de transparaître à l'écran, fait du cinéma, le plus sacrée des temples, un lieu ou les différences s'effacent !







    « Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres… »



    Le paradoxe quand on apprécie un réalisateur, c'est que l'on attend toujours plus de lui alors qu'on est mortifié à l'idée qu'il se plante et qu'il nous déçoive, un dilemme presque angoissant tant cela peut jouer sur notre perception future de l'objet désiré ! Et je peux dire qu'au moins jusqu'au prochain, je n'ai pas était déçu par Guillermo Del Toro, qui m'a totalement séduit avec « The Shape Of Water ». Un formidable conte, tendre, touchant et débordant d'amour, qui sonne comme la quintessence de son auteur, alors loin de tout cynisme …



    C'est lors d'un petit déjeuner en 2011 entre Guillermo Del Toro et Daniel Kraus, que germe l'idée directrice qui animera l'histoire de « The Shape of Water ». Alors qu'ils se retrouvent pour parler de leur futur projet « Trollhunter » pour Netflix, Del Toro dit qu'il aimerait faire un film sur un homme amphibien et Kraus lui rétorque qu'il a une idée de roman, celle d'un concierge qui découvre une créature dans le sous sol d'un bâtiment gouvernemental. Emballé, le réalisateur lui achète l'idée et a partir de là, il commence à travailler le scénario, avant d’être rejoint en 2014 par Vanessa Taylor. Parallèlement à ça, il réfléchit aussi au design de la créature et des 2013, il rencontre David Meng et Dave Grosso pour définir les contours de ce que serait la créature avant de confier sa conception a Mike Hill, puis il définit avec une petite équipe de designer dont Guy Davis et Vince Proce ce que sera l'environnement du film.







    Et pour incarner la créature, il ne pense qu'à une personne, son ami Doug Jones a qui il en parlera lors du tournage de « Crimson Peak ». Mais à ce stade là, le prochain film de Guillermo Del Toro, ce n'est pas « The Shape of Water », c'est la suite de « Pacific Rim », cependant pour d'obscures raisons de retard le réalisateur passe la main début 2016, une chose qui lui est déjà arriver sur « Le Hobbit ». Le 15 août de la même année il commence le tournage de « The Shape of Water »



    « A fairy tale in troubled times »



    Entre « Beauty and The Beast » de Jean Cocteau et « Creature from the Black Lagoon » de Jack Arnold, l'histoire de « The Shape of Water » se pose en plein milieu de la guerre froide, dans les années soixante. Un monde plein d'incertitudes, coincé entre deux puissances qui cherchent sans cesse à avoir le dessus sur l'autre, d'un point de vue influences, militaires, ou encore technologiques. Aux USA c'est aussi une période de grand changement sociaux, ou les minorités revendiquent les mêmes droits que leurs compatriotes blancs. C'est ainsi que l'on découvre Elisa Esposito, une jeune femme sans voix, qui vit au dessus d'un cinéma, dans un appartement qui semble avoir vécu continuellement sous l'eau, avec comme voisin un vieil artiste sympathique du nom de Giles. Aussi sympathique, que rigide dans sa routine, elle ne déroge à aucunes de ces petites habitudes avant de prendre le bus pour se rendre à son travail. Elle avec sa collègue Zelda, s'occupent de l'entretien d'une base du département de la défense. Et c'est la que l'impensable arrive, un coup de foudre comme l'on en connaît peu, entre elle et une étrange créature qui vient d'arriver dans le complexe.







    L'intrigue que le réalisateur et Vanessa Taylor nous dévoile est simple (pas simpliste) et limpide ! Un conte de fée, loin des carcans habituels. La princesse sauve le prince, la bête ne se transforme pas en un jeune et grand éphèbe blond ou brun, les deux amants consomment leur amour et ou le méchant n'a au final que ce qu'il mérite ! Un film qui célèbre l'amour sous toutes ces formes, (l'usage de l'élément eau n'est pas anodin), qu'il soit amical (Elisa/Zelda), filial (Elisa/Giles) ou passionnel (Elisa/La Créature) avec ce que cela implique, a savoir un sacrifice inconditionnel et le don de soi envers l'autre. Un aspect souvent qualifier de niais l'amour dans les films, alors qu'actuellement il n'y a peut être pas plus subversif que d'assumer ses sentiments à la face du monde. De crier son amour pour ce que l'on aime, d'oser affirmer sa différence, notamment dans un climat ou la tendance est au cynisme sans fin. « La forme de l'eau » prend ainsi tout son sens, l'amour est comme l'eau, il s'immisce dans le moindre espace, il est indomptable, inattendu, infini et il peut prendre aussi plein de formes …







    « If we do nothing, neither are we »



    Mais comme à chaque film de Guillermo Del Toro, cela ne s’arrête pas là, il y a toujours plus que ce que l'on veut voir, un mille feuilles fort généreux qu'on a le loisir ou non de décortiquer. Si le réalisateur nous parles d'amour sous toutes les formes, il nous parles aussi de politique et d'un monde qui reflète les réalités de notre époque. La facilité serait de dire que l'on a d'un coté les gentils et de l'autre les méchants, sauf qu'il s'agit d'une vision bien particulière de la famille américaine et de l'homme. Del Toro ne condamne pas comme j'ai pu lire ici et la, la « famille traditionnelle », il pointe seulement la superficialité d'une société qui ne vit que pour l'apparence. Il suffit pour ça de regarder l’intérieur de la maison de strickland, ainsi que le look de la famille, peu extravagant, propre et sans fioriture, pour constater que l'on est devant l'image idéalisée d'une famille. Et cela compense pour Strickland l'image qu'il a de lui, a savoir celle d'un homme violent, qui n'aime pas ce qui sort du cadre (Il est raciste) et qui une fois le soir venu, peut se réfugier dans sa famille (parfaite) où il contrôle tout.







    En opposition aux trois personnages que sont Zelda, Elisa et Giles qui représentent l'autre face de l'Amérique, un peu comme Del Toro qui est un immigré chez l'Oncle Sam. Tous les trois sont différents, Elisa est muette, Zelda est afro-américaine et Giles est gay, trois personnes marginales, voire invisibles aux yeux de tous, à défaut d'avoir les mêmes droits que les autres. Une situation créatrice de frustration, car le danger les guettes à la moindre inattention, comme le climat social qui s'est installé depuis quelques années aux USA, voire dans le reste du monde hostiles aux minorités. Et naturellement Guillermo Del Toro fait collaborer les personnages, pour aider la créature certes, mais aussi pour eux, pour cette cohésion indispensable dans l'adversité.







    « This creature is intelligent. Capable of language... Of understanding emotions! »



    Dans ce film, il y a aussi beaucoup de poésie, de moments suspendus dans le temps, qui sont soulignés par plusieurs choses, la musique, la mise en scène, direction artistique et bien évidemment l'histoire. Si « The Shape of Water » est un conte de fée, c'est aussi l'histoire d'une jeune femme qui retrouve les siens et notamment un être qui la comprend avant même qu'elle ne le comprenne ! Cette alchimie naît dès qu'elle voit passer le caisson, par un simple contact de la main dessus. Le contact est instantané et plus elle se rapproche de lui, plus elle change, une emphase naturelle, qui la fait rentrer en résonance avec l'élément aquatique. Quand elle prend le bus, elle joue littéralement avec les gouttelettes d'eau, puis lorsqu'elle inonde la salle de bain, elle est comme un poisson dans l'eau. Et cela culminera lors de la fin, ou ce que l'on pensait être trois cicatrices sur le coup, se révèle être des branchies, la séquence n'est plus simplement romantique, mais aussi terriblement poétique avec le poème que Giles récite à la fin. Cela donne ainsi une autre tournure au personnage de Elisa Esposito, la jeune orpheline que l'on a trouvé (Esposito est un patronyme d'origine italienne qui signifie enfant trouvé) près d'un cours d'eau, qui était orpheline qu'en apparence.







    Le langage qui les unit est un langage du corps, non verbal certes, mais tellement plus parlant, ou le toucher prévaut, ou le mouvement captive plus que mille mots et où les corps sont en parfaite osmose. Une fluidité que l'on retrouve dans la mise en scène de Guillermo del Toro, qui capte à merveille cela, ce mouvement perpétuel (eau oblige) à la fois doux et puissant. Le contraste est alors saisissant entre la frêle silhouette d'Elisa vis a vis de la Créature, imposante et massive, pourtant la caméra garde cette élégance et cette fragilité qui transparaît entre eux. Et la direction artistique tout comme la musique est en parfaite adéquation avec cela. Pour ça il a pu compter sur Paul D. Austerberry, qui a travaillé sur les décors pendant plus de 10 semaines avant que la production commence, ou lui et ses équipes ont profité de la pause de la série « The Strain » pour utiliser les même studios, ainsi que certains décors de la série (Petit budget oblige, les économies furent bienvenues). On a ainsi des décors d'une beauté à couper le souffle, notamment les deux appartements de Elisa et Giles, riches de détails et d'une direction différente de l'une à l'autre « An aquamarine world and a gold world ».







    Celui d'Elisa ressemble à un appartement qui aurait vécu sous l'eau, avec des dominances de bleu, de cyan et de vert, ou si vous ne le saviez pas, on retrouve sur son mur « La grande vague de Kanagawa » de Katsushika Hokusai, patiné, vieillie et abîmée pour être en accord avec les désirs du réalisateur; puis celui de Giles est tout autre, dans des tons plus chaud, doré, ambré, un appartement qui respire une chaleur que son personnage ne demande qu'à partager et dont Elisa profite ! Deux appartements qui reflètent une certaine douceur de par l'ambiance qu'il s'en dégage, ou le chef op Dan Lautsen adapte son éclairage à chacun des deux décors, usant des grandes baies vitrés pour faire rentrer la lumière ou pour observer la pluie tomber et c'est aussi un clin d'oeil subtil au film « Les Chaussons Rouges » de Michael Powell et Emeric Pressburger. La musique signée par Alexandre Desplat (Récompensé aux Oscars cette année pour ce film) est tout aussi réussie, elle n'est jamais à contre temps, elle épouse tout le temps le rythme et le mouvement de la caméra. Une partition fabuleuse, qui vous transporte instantanément dans ce conte sous marin.



    « Don't do this, Elisa. Don't do this! »



    Ce qui frappe aussi avec « La Forme de l'Eau », c'est cet amour pour le cinéma ! Que cela soit par la localisation des appartements, au-dessus d'un cinéma, ou par les nombreux extraits de films que l'on voit, qui amène ce numéro dansant entre Giles et Elisa, qui rend hommage a Gene Kelly ! Puis que dire de la séquence en noir et blanc du film, ou Sally Hawkins et Doug Jones nous rejoue « Follow the Fleet » en lieu et place de Fred Astaire et Ginger Rogers, avec grâce, légèreté et décalage, car ce n'est pas banal de voir une créature dansée ainsi !








    Mais derrière cela, il y a aussi, un cri du cœur de la part du réalisateur qui se cache derrière le personnage de Giles. C'est un artiste, un dessinateur hors pair et un peintre de talent qui cherche à vivre de son art, sauf qu'il trouve face à lui des gens qui ne le comprennent, qui trouvent ces dessins vieillots et qui n'hésitent pas à le balader, lui faisant miroiter l'espoir d'un contrat. Une situation que Guillermo Del Toro a connu lors de ses débuts à Hollywood, mais comme Giles, il a su tout au long de sa carrière rester fidèle à lui meme et à ses convictions. Une pique non dissimulée au monde du cinéma, qui trop souvent inhibe le talent de ces créateurs sur l'hôtel des profits, qui fait alors de l'argent sur le moment, mais pour quel résultat au final?



    « Unable to perceive the shape of You, I find You all around me. Your presence fills my eyes with Your love, It humbles my heart, For You are everywhere. »



    Un certain Harvey W....... a presque réussi à une époque à décourager Guillermo Del Toro de faire du cinéma, pourtant bien des années après, il en est là, à « La Forme de l'Eau », un film multi-récompensé par ses pairs et adoubé par le public. Un film qui respire l'univers de son auteur, tolérant, différent, où les monstres ne sont pas ceux que l'on croit, ou l'on célèbre l'imperfection sous toutes ses formes, ou la rédemption est possible. Et l'on peut voir, qu'il renvoit aussi a diverses figures de sa filmographie. Elisa semble être une Aurora (Cronos) qui aurait grandi, ou encore à Ofelia (Le Labyrinthe de Pan) qui doit passer par des épreuves pour sauver celle qu'elle aime, sa mère ! Giles fait penser par son coté réfléchi et protecteur au professeur Broom (Hellboy) ou au Dr Caceres (L'Echine du Diable). Zelda dans le rôle de la confidente , renvoi à la fidèle Mercedes (Le Labyrinthe de Pan). Et le docteur Hoffstetler lui me fait penser au personnage de Thomas Sharpe (Crimson Peak) quand il décide de se placer du bon coté de la barrière. Strickland renvoi aussi bien à Jacinto (L'Echine du Diable) qu'a Vidal (Le Labyrinthe de Pan). Quant à la créature, pour moi elle est unique …

    Comme l'interprète qui se cache derrière l'incroyable maquillage de cette créature, le fabuleux Doug Jones ! Un collaborateur, un ami de Del Toro, qui trouve ici, l'un de ses meilleurs rôles, à la fois physique et délicat, ou tout passe par la gestuelle et quelques effets numériques pour accentuer certaines expressions du visage. Un rôle difficile, à cause notamment des contraintes dues au maquillage, mais ou le sens du sacrifice de l'acteur a suscité bien des admirations. Sally Hawkins (Elisa) est bluffante de bout en bout, par sa gestuelle, son expressivité, mais aussi par sa force de caractère, la plaçant directement au coté des meilleurs personnages féminins crées par le réalisateur, ou l'apparente fragilité est bien une force et non une faiblesse., Initialement prévue pour un autre acteur, Richard Jenkins (Giles) se glisse dans le costume de ce vieil artiste avec une facilité et une bienveillance désarmante; Octavia Spencer (Zelda) apporte de la légèreté ainsi que du caractère et Michael Stuhlbarg (Dr Hoffstetler) que l'on a retrouver cette année dans « Pentagon Papers » et « Call Me by your Name » apporte cette humanité si touchante que l'on ressent chez lui, notamment par son regard. Michael Shannon (Strickland) campe l'homme « américain », avec ses plus gros travers, sexiste, raciste et superficiel ! Ce qui offre une interprétation très fine, où Michael Shannon s'efforce de donner à son personnage un semblant de respectabilité, alors que l'on sent la rage poindre à la surface.

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    Je remercie "Cinetrafic" et son opération "Dvdtrafic" qui m'a donnée l'occasion de redécouvrir cette petite perle. Un film que vous pouvez retrouvez aussi bien en VOD, qu'en support physique comme le blu-ray et le DVD.

    "La Forme de l'eau" est sortie le 30 Juin 2018 !

    Chez Fox France que vous retrouverez aussi sur leur page facebook.


    Le dvd reprend l'un des visuels du film (Elisa et la créature enlacée)sur un boitier classique. Une fois dans le lecteur, le menu se dévoile, avec l'une des mélodies signé Alexandre Desplat. C'est classique mais ça fait son petit effet. Le film quant à lui rend justice à la beauté du film et cela même si c'est un dvd. Au niveau des bonus, si vous aimez cela, précipitez vous sur le blu-ray ou encore mieux sur le blu-ray steelbook, qui regorge de bonus. Sur le dvd, on retrouve le making-of "Un conte de fée pour temps troublés" qui revient sur différents aspects de la production avec générosité. Une plongée agréable dans les coulisses de ce film, qui finira certainement dans le classement cinéma de 2018 du blog.


    C'est pour moi un immanquable de cette année !

    Site web:  https://inglouriouscinema.blogspot.com/2018/07/la-forme-de-leau.html
    olivier.demangeon.5
    Le 02/03/2018
    1014 critiques
    « The Shape of Water » est tout simplement un film magique, articulé sur une très belle histoire, offrant de magnifiques visuels dans des décors très kitchs. L’intrigue est basique, mais somptueusement mise en scène. La distribution offre d’excellentes prestations. Les effets spéciaux sont très bien orchestrés et l’ambiance est admirablement travaillée. Un beau film, offrant un pur moment de divertissement dont on ressort émerveillé. À voir, sans hésiter !

    Site web:  https://wp.me/p5woqV-5CJ
    LordGalean
    Le 20/07/2018
    100 critiques
    Lorsque Guillermo del Toro, se décide à revenir à la réalisation, après le succès de Pacific Rim, et la réussite critique,  mais un peu moins publique de son film gothique, Crimson Peak, c'est pour rendre hommage encore et toujours au cinéma des origines. 

    Ainsi, dans ce nouveau film, Shape of Water, il rend hommage à la "Moman" des films de monstre, La créature du lac noir de Jack Arnold. Et c'est aveu est tellement assumé, qu'il va jusqu'à singer l'esthétique physique du monstre. Certains ont parlé de référence également à la créature du marais de Wes Craven, mais ça parait quand même légèrement plus fantaisiste et rien ne vient réellement appuyer cette vision.

    On ne rentrera pas non plus dans la polémique plagiat ou non de l'esthétique ou de l'histoire d'Amélie Poulain. Ce débat sur le plagiat de Jean-Pierre Jeunet n'a aucun intérêt cinématographiquement, ça ne fait que donner du sens à des sites putaclic ou à des journaux comme Closer ou Paris Match, nous préférons donner en ces lignes libre cours à l'intelligence visuelle, au talent narratif, etc... aux réalisateurs qui savent toucher le public, quel qu'il soit. Et si on commence là, alors on en a pas fini, de tous temps les récits précédents ont inspiré les suivants, et ainsi de suite. On se pignole sur les Fables de La Fontaine mais on oublie toujours que ce dernier à pompé les récits d'Esope qui lui-même avait largement plagié l'indien Pilpaï. 

    Je prends cet exemple parce que c'est toujours le plus marquant à mon sens, et pas uniquement parce que c'est le seul que je connaisse. Car ce qui fait la spécificité d'une oeuvre au-delà de son récit, c'est ce qu'on y apporte, et ce qui y importe. Et la nationalité de l'oeuvre y fait également pour beaucoup. Ainsi pour reprendre l'exemple des Fables. Pilpaï faisait surtout des récits simples et concis, Esope a apporté un certain développement dans les personnages, et La Fontaine a abouti le tout, en y ajoutant la dynamisation du récit (ce qui donnera plus tard le cinéma, notamment le dessin animé, mais ça il était loin de s'en douter) et une plus grosse importance à la morale. Dans un siècle profondément religieux, peu importe son niveau d'acceptation de l'influence de la religion, on est toujours quand même plus ou moins influencé, et ça a été le cas de Jean de la Fontaine.

    Vous vous demandez sûrement où je veux en venir avec cette démonstration, d'autant plus que quelques lignes plus haut, j'avais dis que je ne voulais pas évoquer cette triviale affaire de plagiat. Mais ceci m'est nécessaire pour parler du film, car en bon La Fontainien, privilégiant les images dynamiques, aux longs discours, Guillermo del Toro réalise ici une fable moderne, le tout sous couvert d'hommages et d'évocations d'un passé presque révolu. Cette histoire en forme de la Belle et la Bête lui permet d'évoquer la réalité sordide à travers un onirisme des plus bienvenus. Il se retrouve donc à traiter de sujets trés adultes, avec un postulat qui ne renierait pas sa place dans un conte de Grimm, ou de Perrault, ou un livre pour "enfant" comme Brisby et le Secret de NiMH par exemple. Ainsi, Guillermo en pleine période de #balancetonporc parle de féminisme, avec intelligence et légèreté, sans jamais être pesant, mais aussi de liberté au sens large, liberté d'aimer, liberté de jouir, liberté d'être différent (qu'on soit vieux, noir, ou gay), ceci incluant bien évidemment la liberté d'être un connard, un manipulateur, un "violeur", d'être un espion simple, double ou triple, etc...

    Ainsi, si les personnages du film agissent tels qu'ils le font, et pensent comme ils le font, c'est qu'ils sont plus des concepts, avant d'être réellement des "humains", et c'est ce qui peut paraître pour le moins déroutant. Ainsi l'impeccable Michael Shanon dont c'est l'illustration la plus parfaite, est moins un salaud ordinaire que l'illustration de la vision capitaliste d'une époque.

    Le film sans trop en dire mais pour vous donnez envie de le regarder ne plaira certainement pas à tout le monde, mais il mérite son visionnage, ne serait-ce que pour savoir dans quel camp vous vous trouvez. Personnellement je suis dans un entre-deux, et ça fait déjà la deuxième fois qu'un film de Guillermo me laisse pantois sur ce que j'ai pu réellement ressentir. Alors que j'ai littéralement adoré à la folie ses précédents projets. Depuis Cronos son premier film, jusqu'à Pacific Rim, j'ai aimé tout ses films, à des degrés divers, mais là, je suis face à une énigme. Enre celui-ci et Crimson Peak, ça fait deux films que j'ai vu une seule fois mais qui m'ont un peu laissé en dehors de ce qu'ils proposent, et ça m'agace un peu je l'avoue. Sans doute faudrait-il que je les revois à nouveau, car l'un comme l'autre, me semble aborder plus des notions, des émotions et des sensations particulières que présenter réellement des personnages pour ce qu'ils sont.
    Sortie en bluray et DVD depuis le 30 juin 2018. Edité par la 20th Century Fox. Retrouvez le site et la page Facebook de l'éditeur.

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