Critiques du film: Moi, Daniel Blake
    Moi, Daniel Blake
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    Moi, Daniel Blake
    tinalakiller
    Le 04/11/2016
    381 critiques
    Cela fait depuis une dizaine d’années (oui, déjà, malgré mon jeune âge) que je suis la carrière de Ken Loach, devenu rapidement un de mes réalisateurs préférés. J’étais donc obligée d’aller voir son dernier long-métrage, Moi, Daniel Blake, qui a remporté la Palme d’or au dernier festival de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. Loach, qui a déjà remporté un certain nombre de prix dans ce festival (et ailleurs d’ailleurs), avait déjà remporté la Palme d’or en 2006 (il y a donc pile poil dix ans) avec Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley). Alors, évidemment, face à un tel prix, on se demande plus ou moins toujours si le choix du jury a été bon ou non. C’est évidemment toujours compliqué de s’attaquer à ce genre de question car dans un premier temps, je n’ai pas vu tous les films en compétition mais il y a toujours une part de subjectivité. Cela dit, à ce stade-là, j’approuve et j’applaudis le choix du jury qui a récompensé (pour moi) un des meilleurs films de cette année. Je suis d’ailleurs toujours étonnée de voir un Ken Loach toujours aussi inspiré avec son fidèle scénariste Paul Laverty (ne l’oublions pas !). Après tout, les deux proposent depuis des années des thèmes et aspects similaires : des personnages issus d’un milieu social peu élevé qui doivent affronter un système social monstrueux, un schéma parfois manichéen, un scénario en apparence simple, une mise en scène sobre ou encore un environnement grisâtre. A force de voir des réalisateurs se péter la gueule parce que, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, ils se sont répétés, je redoute toujours le film de trop de Loach. Et honnêtement même ses films dits « mineurs » ont pour moi toujours un intérêt. Ce qui est intéressant chez lui, c’est qu’on pourrait se dire qu’il a fait le tour mais finalement je m’aperçois qu’il y a toujours un détail à traiter. Finalement, on s’aperçoit à quel point il y a de variations autour de la misère sociale. Bref, je suis étonnée de ne pas ressentir de lassitude autour du travail de Loach et Laverty, cette équipe fonctionne toujours aussi bien. Pour moi, en tout cas, Moi, Daniel Blake n’a rien d’un film mineur dans sa carrière. Il s’agit d’un de ses longs-métrages les plus sombres de sa carrière et c’est peut-être même celui qui donne le plus envie de se lever et de lutter.
    Ken Loach et Paul Laverty s’intéressent ici à une figure qu’on ne voit pas tant que ça au cinéma (en tout cas dans leur univers c’est pratiquement une nouveauté) : le « vieux » au chômage qui ne peut pas retourner au travail non pas par paresse (le personnage principal est au contraire quelqu’un qui se bouge) mais pour des raisons de santé. Le fameux Daniel Blake a des problèmes cardiaques et en plus de ça a été victime d’un accident durant son boulot. Il ne peut se résoudre à aller travailler sur un chantier. Le Pôle Emploi version anglaise (mais soyons réalistes : ce genre de merde arrive également en France) fait du grand n’importe quoi avec son dossier. Le voilà en train de se battre contre un système monstrueux, absurde et inhumain. Il n’est pas le seul à se faire avoir (le but étant que ces gens-là baissent les bras pour qu’ils puissent renoncer à leurs droits dont notamment une aide financière) : Katie et sa petite famille en sont le parfait exemple. C’est grâce à ce point commun malgré eux que la jeune Londonienne qui élève seule ses deux enfants et le veuf Daniel Blake vont devenir amis. Finalement, toutes les générations sont concernées par ce système et les choses ne sont pas prêtes à s’arranger. La rencontre entre les deux personnages est intéressante pour plusieurs raisons. Au-delà de rendre le propos encore plus universel, cela permet de confronter les personnages face à cette lutte différemment. Daniel Blake est celui qui ne veut pas baisser les bras, qui reste digne jusqu’au bout, qui a aussi un certain bagou. Il sait se rebeller quand il le faut (on comprendra donc mieux le « sens » du titre vers la fin du long-métrage) et veut montrer qu’on doit continuer à exister en tant qu’être humain, le système ne prenant pas en compte cette dimension. Katie n’a pas moins de mérites que son nouveau pote mais elle pète tout de même les plombs (je pense ici à l’émouvante scène à la banque alimentaire) cède rapidement aux solutions immorales (vol et prostitution). Au passage, j’apprécie qu’on nous suggère certaines scènes. Avec certains réalisateurs, ça aurait déjà viré au trash gratuit pour rendre les choses encore plus misérables et racoleuses.
    La mise en scène est donc sobre (par son réalisme, on pense toujours chez lui au documentaire, vu qu’il en réalise), comme toujours chez Loach mais n’a rien de mauvaise. Au contraire, tout en restant discret, en laissant les personnage vivre et évoluer les personnages (et les interprètes). Tout a l’air très naturel, spontané et pourtant on n’est jamais dans quelque chose de brouillon. Je trouve son travail toujours aussi efficace et formidable. Le scénario est également bien écrit dans le sens où il parvient mettre à retranscrire la lente mais sûre descente en enfer d’un chômeur. A noter au passage la qualité de certains dialogues. Le film commence banalement et plus il avance plus les événements deviennent sombres et désespérants. Oui, on pourra dire que c’est prévisible mais ce n’est pas dérangeant dans le sens où ce choix-là reste cohérent avec le propos du film : littéralement, notre système nous tue. Oui, c’est vrai que le film peut paraître manichéen mais encore une fois Loach et Laverty transforment ce point qui aurait pu être négatif en quelque chose qui donne de la force pour pouvoir lutter contre le système. Moi, Daniel Blake est à la fois un film sombre, désespérant et en même temps donne envie de se lever et de rester solidaires. Evidemment que le film fait tout pour nous émouvoir mais je n’ai pas trouvé ça tire-larmes dans le sens où encore une fois Loach et Laverty savent s’arrêter là où il le faut et finalement l’émotion sonne vraie. Beaucoup de films de Ken Loach m’ont émue mais je dois même avouer que c’est la première fois que je verse quelques larmes devant une de ses oeuvres. Enfin, Moi, Daniel Blake est porté par un excellent casting. Dans le rôle du rôle-titre, Dave Johns, issu du milieu du stand-up et de la télévision et qui joue pour la première fois dans un film, est impeccable et criant de vérité en incarnant cette sorte de justicier modeste des temps modernes. Face à un sujet aussi difficile, Johns parvient, notamment grâce à son langage (et son accent de Newcastle), à illuminer son personnage. Il ne faut pas non plus oublier de parler de sa partenaire Hayley Squires (sorte de sosie de Lily Allen et de Mila Kunis) est également formidable.

    Site web:  https://tinalakiller.com/2016/11/04/moi-daniel-blake/
    AnneM
    Le 16/11/2016
    0 critique
    Daniel Blake, menuisier à Newcastle est en arrêt de travail suite à un accident cardiaque, mais l’expert de santé de la sécurité sociale ne reconnaît pas ses difficultés de santé. Il n’a droit à aucune indemnité. Il se voit contraint de devenir demandeur d’emploi et se trouve dans une situation sociale aberrante : ne pouvant travailler pour des raisons de santé, mais contraint de chercher un emploi pour percevoir des indemnités. Lors de son parcours du combattant il se lie d ‘amitié avec une jeune mère de 2 enfants, Katie.

    Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce film :

    la précision, la qualité, la sobriété du scénario, fait de vécu et réaliste.
    L’humilité, l’accessibilité du propos et de la réalisation, alors que le réalisateur est très célèbre et n’a plus rien à prouver.
    La critique très juste d’un système déshumanisé avec une subtile mise en cause de l’attitude de certains protagonistes. Les bénévoles de la banque alimentaire sont tout de même présentés sous un meilleur jour que l’un ou l’autre employés du pôle emploi britannique : chacun dans notre société a des responsabilités morales dans le rôle qu’ils occupent.
    L’amitié atypique entre Katie et Daniel, les autres amitiés de ces compagnons d’infortune et le jeu très réaliste des acteurs.

    J’ai juste regretté qu’il n’y ait pas pas davantage de cocasserie dans l’humour pourtant présent, me référant à « La part des anges » que j’avais adoré.

    Ken Loach reste incontournable dans le genre du cinéma social.

    Site web:  https://larroseurarrose.com/
    Yuko
    Le 01/12/2016
    268 critiques
    Cinéaste du réel, Ken Loach livre ici une oeuvre militante, énergique et éminemment touchante. Toujours entre rire et larmes, la palme d’or 2016 prouve combien le cinéma de l’auteur est engagé et investi. Avec une force incroyable, l’auteur place la dignité au coeur du combat de ses personnages et donne la parole à ces oubliés du libéralisme démesuré. Un grand film sur les petites gens au grand coeur, qui ne tombe jamais dans la caricature ou le misérabilisme.
    Une oeuvre d’une incroyable force, bouleversante de réalisme et de dignité. Une ode à la solidarité, à la tendresse humaine et à cette force qu’est le don de soi. Ken Loach nous offre ici, sans fard ni effets, un film d’une grande pudeur, un guide vers une humanité insoumise et nécessaire. A découvrir !

    Site web:  http://leblogdeyuko.wordpress.com/2016/12/01/moi-daniel-blake-de-ken-loach/
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