Critiques du film: Trois souvenirs de ma jeunesse
    Trois souvenirs de ma jeunesse
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    Trois souvenirs de ma jeunesse
    LaKinopitheque
    Le 11/12/2015
    78 critiques
    D'un cauchemar de l'enfance à la véhémence d'un adulte qui a beaucoup perdu, sa mère très tôt, ses amis, son amour, et qui se défait des derniers oripeaux de sa jeunesse, le film d'Arnaud Desplechin raconte des moments clefs de la vie de Paul, nous entraîne <!--more-->par sa narration claire et simple en apparence (les titres donnés aux différents chapitres pour guider le spectateur, le rythme imposé et toute la séduction exercée par les jeunes acteurs sur nous) et compose pourtant, comme souvent chez ce réalisateur, un réseau de références souterraines (littéraires, dramaturgiques, mythologiques), un labyrinthe complexe, changeant, qui au fur et à mesure qu'il se dessine n’ôte rien au film comme on pourrait le craindre, ne le grève d'aucune érudition pesante, ne ralentit jamais son mouvement qui reste de bout en bout romanesque et d'une grande élégance.

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    Site web:  http://www.kinopitheque.net/trois-souvenirs-de-ma-jeunesse/
    Fromtheavenue
    Le 17/12/2015
    42 critiques

    Disons-le tout de suite, c'est un pur produit Télérama. Ce n'est ni bien ni mal, mais très calibré et souvent ennuyeux. Une sorte de cinéma très français et très tiède. Loin, bien loin des fulgurances des films que nous avions tant aimés pour leur nouveauté et leurs surprises.

    Malgré tout, il faut reconnaître un casting très judicieux. Quentin Dolmaire est exceptionnel et du coup, on a très envie de découvrir sa filmographie. Les acteurs sont tous très justes, premiers comme second rôles et ils permettent de ne pas s'assoupir face à une trame bien mince quant à l'histoire du film.

    Paul Dédalus, oui bon, le labyrinthe et tout, au bout d'un moment ça fatigue sacrément et ça aurait besoin d'un coup de jeune! C'est ce qui est très étrange, on a l'impression de découvrir une jeunesse totalement perçue par de vieux yeux, myopes et oublieux des étincelles profondes qui éclairent et stigmatisent la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte. Le contraste aurait pu être détonnant mais il n'est le plus souvent propice qu'à d'interminables et répétitives ritournelles.

    Vivement le prochain car le talent est là, immense, même s'il est ici étouffé sous des atours pompeux et pédants. Gageons que ce réalisateur de génie saura aller vers plus de simplicité et d'émotion à l'avenir plutôt que vers des critiques élogieuses, c'est si dommage et il a tellement mieux à nous offrir.


    Site web:  http://fromtheavenue.blogspot.fr/2015/12/trois-souvenirs-de-ma-jeunesse-darnaud.html
    InMoviesWeTrust
    Le 27/12/2015
    31 critiques
    Paul Dédalus est mort, vive Paul Dédalus ! Bientôt vingt ans après Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Desplechin fait revenir d’entre les disparus son Antoine Doinel à lui, sous trois corps et âges distincts. Quand le héros de Truffaut répétait inlassablement son nom face à un miroir pour ne pas perdre la face, Dédalus préfère se souvenir. Dans son théâtre de l’inconscient, Desplechin construit son opposition générationnelle sous des formes peu communes au cinéma français. Comme une mémoire qui flanche, le héros porté par Amalric, de retour de Tadjikistan, tente de raconter le récit de ses amours. Au travers d’un fabuleux mélange des genres et des temporalités, Trois souvenirs de ma jeunesse est l’un des plus beaux films de son cinéaste. Parti d’une Amérique qu’il n’avait pas su sublimer avec Jimmy P., le Français retrouve toute sa maestria dans la jeunesse fougueuse de Dédalus. Non seulement Trois souvenirs sera sans aucun doute le meilleur film français à sortir cette année, mais il est aussi l’un des plus riches en matière de cinéma.

    En confrontant Dédalus face à des souvenirs troublés, et qu’il s’amuse à rendre encore plus mystérieux, Desplechin intègre de la cinégénie dans la réalité de son superbe héros. Se forge alors en interne un film d’espionnage dans le récit d’une enfance tourmentée, elle-même cadre d’une pièce de théâtre oedipienne. Cet enchevêtrement des espaces d’expression donne de façon immédiate une liberté de tons au film qui ne disparaîtra jamais durant deux majestueuses heures de cinéma. Car, malgré la fantaisie constante des échanges entre les personnages, on ne peut s’empêcher de croire en cette histoire invraisemblable d’un amour pur et sans détour. Les interpellations de Pénélope, amie dévolue à Paul, ne trompent pas. Il faut croire en lui car « il dit la vérité ». Un peu comme si, Paul, auteur et réalisateur de sa propre vie, venait à réaliser un pacte avec le spectateur. Il ne faut ainsi pas forcément croire à ce qui se passe à l’image, mais bien vers quoi elles se projètent. Trois souvenirs de ma jeunesse est un apprentissage amoureux et sentimental, auquel on ne peut s’empêcher de trouver des similitudes avec notre propre expérience de spectateur. Les prestations de Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet, héritiers du jeu poétique et flamboyant de la Nouvelle Vague, sont les lumières les plus étincelantes du film de Desplechin. Entre le verbiage tremblant et amusé du premier et l’évidente beauté de la seconde, une passion pour ces deux s’impose à chaque spectateur, tant ils débordent de vie et se détournent de la destinée habituelle des jeunes héros du cinéma français. Il n’y a qu’à voir cette étonnante scène de rencontre, et les regards énamourés de Lou Roy-Lecollinet pour la caméra, pour comprendre à quel point le film de Desplechin pourrait faire figure de maître-étalon dans le genre et la durée.

    Mieux encore, la comédie de Desplechin ne recule devant aucun obstacle de langage, rendant romanesques et bouleversants les échanges de Paul et d’Esther, son amour tempétueux de jeunesse. Elle se joue des lieux communs de la romance, pour des séquences toujours réjouissantes et inventives. Tout en maniant superbement le rétro des années 90, grâce à une bande-originale tonitruante, le réalisateur donne de la modernité à cette romance baignée d’irréel. Avec des héros instantanément identifiables, Desplechin redonne les lettres de noblesse au teen-movie français. L’amour y est dévorant, la quête du désir semblable à une lutte de pouvoir (découverte d’Esther posant sur son trône de fortune, entourée de ses prétendants). Il y a une sincérité et un enthousiasme à formuler l’amour chez le Français que l’on ne retrouve pas ailleurs.

    C’est un cinéma sans barrière. Une oeuvre renversante d’universalité, conciliant vestiges et vertige du romanesque, l’écarte(le)ment par l’image et la réunion par les mots. A la fois regard en arrière vers un imaginaire hors de notre temps et relecture astucieuse du film-fondateur de l’oeuvre d’Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse est un film sublime sur le temps qui passe. Une vision de cinéma volatile, de l’esquisse et qui tente une projection vers l’avenir par le thème inépuisable de l’amour, comme seul le cinéma peut le reproduire par l’image et le sous-texte qu’il contient. Un objet de cinéma tout simplement, qui méprise la médiocrité du quotidien et agite l’imaginaire pour le rendre, sinon plus beau, empreint d’un nouvel espoir.

    Site web:  http://imwtlaredac.wordpress.com
    Alex_Torrance
    Le 02/03/2016
    43 critiques
    Dans une période où le cinéma d’auteur français se cherche, peinant à trouver une nouvelle identité, certains vétérans refont surface et ravivent le paysage cinématographique du pays de certaines de ses qualités passées. Que ce soit en faisant du neuf – Leos Carax et son Holy Motors – ou en tournant la suite logique d’une filmographie – Sils Maria d’Olivier Assayas, et même le présent Trois souvenirs de ma jeunesse –, il n’en découle rarement plus d’un excellent film par an. En mettant au premier plan une nouvelle génération d’acteurs, Desplechin donne l’illusion de se renouveler mais fournit finalement – ce qui n’est pas un mal – un prolongement idéal du mélodrame français dans ce qu’il a de plus amer.

    Quentin Dolmaire constitue un brillant Paul Dédalus, empruntant davantage à Jean-Pierre Léaud qu’à Mathieu Amalric, et surmonte ainsi brillamment la difficulté des dialogues de Desplechin, sans cesse à deux doigts du grandiloquent. Lou Roy Lecollinet, quant à elle, n’apporte malheureusement pas à son rôle l’épaisseur qu’aurait demandé un personnage si mélancolique que celui d’Esther. Que dire, enfin, de Mathieu Amalric qui permet de faire du climax de Trois souvenirs de ma jeunesse la séquence la plus viscérale de tout le long-métrage. Bien que comme à son habitude dans le type d’interprétation qui l’aura suivi tout au long de sa carrière, l’énergie qu’il fournit à travers un excès de rage est intacte, si ce n’est plus que jamais aiguisée.

    À travers Trois souvenirs de ma jeunesse, Desplechin s’essaie de façon ludique à un exercice des genres faisant se défiler le film d’espionnage, le film d’épouvante, le film d’école, puis de lycée, le mélodrame – et il s’agit là du segment principal du long-métrage – pour aboutir sur un retour au présent auquel appartient le fameux climax, guidant le récit vers des contrées bergmaniennes où les personnages affrontent physiquement leurs traumatismes passés, dans la plus absente des courtoisies – la morale étant dès lors mise de côté au profit d’une franchise joliment piquante. On fait difficilement plus « film français » que Trois souvenirs de ma jeunesse, et rares sont devenues les occasions de le dire sans dédain. Sans originalité toutefois, le film s’avère une magnifique célébration de l’amour tragique. Ses personnages, aussi érudits soient-ils, sont inaptes à exprimer correctement leurs sentiments de par la présente trop forte de leurs pulsions de mort.

    Malgré le pessimisme ambiant, Trois souvenirs de ma jeunesse possède un fort potentiel attractif. Pour ainsi dire, il donne à maintes reprises l’envie de se joindre à ces personnages traversant les années 90 et de nombreuses galères. Devant la caméra de Desplechin, Roubaix et Paris, lorsqu’elles constituent le théâtre artificiel d’événements passés, ressemblent à des villes-fantômes. D’un air de dire que tout est fini, que tous ces personnages sont déjà morts, hantant ceux qui les remplacent désormais, les murs des deux villes n’en paraissent que plus beaux, plus tragiques. Il en va de même pour Trois souvenirs de ma jeunesse.

    Site web:  http://overlook-cinema.com/2016/01/28/critique-trois-souvenirs-de-ma-jeunesse/
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