Critiques du film: Blancanieves
    Blancanieves
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    Blancanieves
    summerday
    Le 06/03/2013
    164 critiques
    Blanche-neige fait partie de ces récits qui passionnent depuis plusieurs siècles. Le cinéaste Pablo Berger propose une relecture du conte au cinéma, en transposant l’histoire dans l’Espagne du début du siècle dernier. Antonio Villalta, un célèbre torrero, perd ses facultés motrices et sa femme Carmen le même jour. L’épouse est morte en couches mais l’enfant qui a survécu il ne désire pas le voir et la petite fille sera élevée par sa grand-mère, tandis que l'infirmière ambitieuse, Encarna, prend toute la place auprès du père en l’épousant. Dix ans plus tard la petite Carmencita perd sa grand-mère et est envoyée chez ce père qu’elle ne connaît pas. Sa marâtre l’installe dans une cave et la fait travailler sans relâche comme domestique. La petite fille finit tout de même par rencontrer son père, un homme invalide reclus, qui retrouve le sourire en apprenant l’art de la corrida à sa fille, en laquelle il revoit son grand amour perdu. La belle-mère, assassine, prend ombre de cet amour filial et se venge en se débarrassant du cop de Carmencita, son seul ami, puis en faisant disparaître son mari. Carmencita est alors une jeune femme, au début des années 1920. Encarna envoie son valet et amant se débarrasser d’elle. Il tente de l’assassiner mais elle est sauvée par un nain. Amnésique, elle embarque avec le groupe de nains forains qui la surnomme Blancanieves. Les nains enchantent les villageois avec un spectacle parodique de corrida. Blancanieves se révèle très vite un matador de talent et devient la vedette du groupe.

    Bien sûr le conte est respecté. La marâtre se vengera avec l’aide d’une pomme empoisonnée. Attention tout de même car il ne faut pas attendre de happy end. Blancanieves ne sera pas réveillée par le baiser d’un prince. Son seul prince est le même nain qui l’a sauvée une première fois, amoureux, jusqu’à la fin. Le dénouement du film est très triste mais ce que le cinéaste fait du conte initial est très intéressant et sensible. Pablo Berger souligne ce qu’il estime être l’essence du conte : un amour tragique entre un père et une fille. La mort de la mère et son deuil les éloigne, et enfin lorsque le père et sa fille se retrouvent c’est la jalousie d’une autre femme qui les sépare. Les quelques scènes qui les réunissent sont magnifiques. Le torrero, affaibli, retrouve un peu de vigueur grâce à sa petite fille. Au-delà de l’esthétique du noir et blanc et la beauté du cinéma muet, c’est la force de cet amour qui fait de ce film une telle réussite. Il faut d’ailleurs saluer le courage et le talent du cinéaste d’avoir choisi ce format. Le muet nécessite une mise en scène enlevée permettant de relayer l’absence de dialogues, et surtout une direction d’acteurs pointue. Tous les comédiens sont fabuleux mais j’ai surtout trouvé Macarena Garcia fabuleuse. Son visage est si expressif, et elle est d’une justesse et d’une émotion ! À la fin, lorsque face au taureau elle retrouve la mémoire et se souvient de son père, c’est d’une beauté !

    Le film est court, il n’y aucune longueur, l’histoire est tragique et triste, parfois sublimée par de courtes séquences d’une grande beauté. Une danse entre un homme abattu, une fillette et une apparition ; une séance de photographie funèbre ; une scène de danse entre forains ; la mort d’un talent ayant donné son âme au diable. La corrida est élevée au rang d’art, le cinéaste ayant pris soin de ne rien montrer de trop violent sur cette tradition nationale. La violence de l’histoire de Blanche-Neige est suffisamment terrible pour ne pas être entachée par le sang.

    Malgré la douleur qui traverse le film on garde en sortant l’image d’une jeune femme dont l’art semble miraculeusement irradier du souvenir oublié d’un père. C’est beau, un peu magique.

    Nio_Lynes
    Le 18/03/2013
    289 critiques
    Blancanieves de Pablo Berger est une nouvelle variation de Blanche Neige, cette fois située dans l'Espagne des années 20. De toutes les récentes adaptations du conte qu'on a pu avoir sur nos écrans en 2011 et 2012 (car elles furent légion), c'est sans doute la plus cruelle et ironique, utilisant plus le conte comme toile de fond et ne cachant pas ici la dureté et l'iconisation dont participent la mort (à la fois vengeance, meurtre, exposition d'un corps à la vue de tous alors qu'il est déjà froid et inerte).


    Si l'histoire n'est pas nouvelle (on reprend les grandes lignes du conte) et que cela ne favorise pas toujours l'attachement aux personnages ou à l'histoire, on applaudira en revanche l'écrin noir et blanc (si The artist n'avait pas marché, nul doute que ce film fascinant ne serait pas sorti chez nous en salles), la démarche respectueuse envers le muet (pas de paroles mais des cartons et une musique assez belle... mais qui pourra parfois faire remplissage), le montage parfois génialement expérimental (disons qu'au regard de l'époque actuelle, il se rapproche plus de ce qu'on a pu voir chez Eisenstein ou Epstein), des cadres photographiques d'une beauté renversante et surtout une Maribel Verdu en belle-mère à croquer. A voir, savourer et revoir.

    Site web:  http://dvdtator.canalblog.com/archives/2013/03/07/26589324.html
    tinalakiller
    Le 31/03/2015
    381 critiques
    L’année 2012 a été marqué par le succès mondial de The Artist. Le film de Michel Hazanivicius a prouvé que le public s’intéressait encore aux films muets et en noir et blanc. Blancanieves, un film espagnol tourné dans le même format et sorti en France à peine trois mois après la sortie de The Artist, a eu du mal à échapper à la comparaison. Cependant, au-delà de la forme, ces deux films n’ont rien à voir. Cependant, bien que j’aime énormément The Artist, Blancanieves me paraît encore plus ambitieux et également plus réussi. De plus, Blancanieves est également sorti après les deux dernières versions américaines de Blanche-Neige (la première réalisée par Tarsem Singh avec Julia Roberts et Lily Collins, la seconde par Rupert Sanders avec Kristen Stewart et Chazlize Theron). Mais une fois encore, Pablo Berger (réalisateur de l’étonnant Torremolinos 73) n’a pas eu de mal à affronter ses concurrents. Au final, Blancanieves a cartonné aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en repartant avec dix statuettes amplement méritées ! La réécriture de Blanche-Neige est très originale : en effet, cette histoire se déroule cette fois-ci dans les années 1920 dans l’univers de la corrida. Signer son film en noir et blanc et en muet est toujours un sacré défi. Techniquement, c’est évidemment très réussi : on a vraiment l’impression de voir un vieux film et on apprécie toujours de remarquer de nombreuses références cinématographiques. Le travail technique et esthétique (photographie, lumière…) permet de nous plonger dans cette période cinématographique avec une certaine élégance. C’était également un sacré pari de revoir ce conte qu’on connait tous par coeur. Comment nous surprendre à nouveau ? Pablo Berger a compris qu’il ne s’agissait pas simplement de donner du style et d’être original par rapport aux autres films qui ont déjà été faits sur ce même sujet. Il a réussi à donner énormément de force et d’émotion à son film. Les scènes entre la jeune Blanche-Neige et son père sont par exemple particulièrement touchantes. Il y a peu de « dialogues » mais pourtant on comprend toujours les enjeux de cette histoire. Et même si on connait les péripéties de l’histoire, Berger arrive à insérer dans son film une forme de suspense. Bref, malgré les difficiles exercices du muet, du noir et blanc et de la réécriture, le film m’a surprise et ne m’a pas ennuyée car j’ai trouvé l’ensemble rythmé.
    Après avoir lu certaines critiques négatives, je précise une chose : même si la corrida est présente dans le film, il ne faut pas essayer de faire de débat pour ou contre. Je respecte évidemment les avis négatifs et ceux qui sont contre la corrida (j’en fais d’ailleurs partie). C’est mignon de défendre cette cause, je respecte totalement cette opinion, mais je ne pense pas que ce soit le but du film. La corrida, cette sorte de course, est typiquement espagnole et permet à cette réécriture de Blanche-Neige de s’ancrer dans une dimension culturelle, presque nationale. De plus, ici la corrida est un bon moyen pour aborder certains sujets comme l’héritage familial ou le danger. En effet, Blanche-Neige a raté certains moments avec son père lorsqu’elle était enfant mais elle essaie de rattraper ce temps perdu une fois qu’elle est devenue adulte. La corrida, c’est le métier de son père et c’est aussi grâce à cette activité qu’elle va se rapprocher de lui. Même s’il a du mal à bouger, le père arrive encore à vivre en lui transmettant sa passion. Lui transmettre cette passion, c’est en quelque sorte une belle preuve d’amour. De plus, on comprend bien que Carmen/Blanche-Neige a ça dans le sang et c’est grâce à son talent qu’elle va pouvoir en quelque sorte s’émanciper et échapper à sa belle-mère. Elle se met aussi en danger en affrontant cet énorme taureau, mais ne se méfiera pas d’une simple pomme qui est en réalité empoisonnée. Enfin, dans ce type de film, la musique est évidemment primordiale. Ici, le travail d’Alfonso de Villalonga est très réussi car il réussi à nous transmettre les « dialogues manquants » et de renforcer également l’émotion. Et même si elle est omniprésente, elle n’est pas envahissante, dans le sens où elle ne nous lasse à aucun moment. Les acteurs sont également tous excellents car sans prononcer de paroles, ils arrivent également à transmettre de l’émotion et tout ce que ressentent et font les personnages. Ils arrivent à être expressifs mais sans en faire des caisses. Maribul Verdu est géniale dans le rôle de la méchante belle-mère de Blanche-Neige. Ce qui est fabuleux, c’est que même si le film ne parle pas directement de la vieillesse (elle ne dit pas toutes les deux minutes « ohhhh que je suis laiiiide, j’ai la peau qui pendouille », on n’est pas chez les américains), la présence de ce thème reste fort : le maquillage est discret mais pourtant, on voit bien la présence de rides au fur et à mesure qu’on avance dans le film, et Verdu ressemble par moments à une sorte de Lady Gaga/Anna Wintour/Victoria Beckham tout en restant classe et adapté aux années 1920, son look ne parait pas anachronique. J’ai également beaucoup aimé les deux actrices qui jouent Blanche-Neige : la première, la jeune Sofia Oria, est toute mignonne et très touchante; et la deuxième, la très fraîche Macarena Garcia, est une véritable révélation. Daniel Gimenez-Cacho est également très émouvant dans le rôle du mari en deuil et du père qui essaie de se dévouer pour sa jeune fille même s’il est cloué dans son fauteuil roulant et qu’il a du mal à faire face à sa nouvelle femme. J’ai également apprécié la petite apparition d’Angela Molina et les nains toreros sont très attachants (notamment Josefa et le nain amoureux de Blanche-Neige).

    Site web:  https://tinalakiller.wordpress.com/2015/03/28/blancanieves/
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