Critiques du film: Le Ruban blanc
    Le Ruban blanc
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    Le Ruban blanc
    cristal
    Le 21/10/2009
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    Il est toujours délicat d'aborder une Palme d'Or, car menace l'accusation de ne jamais en aimer une, de << faire exprès de ne pas les aimer >> ou de toujours aimer chaque palmarès par consensus. L'étrangeté ici est que la Palme est consensuelle (l'amie Huppert) et en même temps audacieuse (l'inaccessible Haneke). Il faut reconnaître au cinéaste autrichien qui fît ses débuts cannois avec sa percutante "glaciation émotionnelle" ("Le septième continent", "Benny's Video", "71 fragments d'une chronologie du hasard"), une interrogation d'une profonde intelligence, qui met en relief les ombres monstrueuses des tréfonds de l'âme humaine. Son regard austère porté sur les communautés de l'Allemagne du Nord à l'aube de la première guerre mondiale, a de quoi en effrayer plus d'un. Mais, plus encore que dans "Caché" ou "La pianiste", sa réflexion se double d'une distance étonnante qui rend impossible toute empathie, toute forme de compréhension des personnages ou d'entrée dans la matière de l'action et du quotidien décrit. Celle-ci se fait par la sécheresse pénétrante du N&B (qui donne pour la première fois l'impression d'être plongé dans le Temps comme le prolongement des photos que l'on a connu), la frontalité des cadrages (souvent à valeur géométrique), l'absence de musique hormis son appartenance à l'intérieur de certaines séquences. Haneke réussit là à former un tout éprouvant, dénué de romantisme et de souffle parce qu'il décide justement de faire de ce Ruban Blanc un film inaccessible, sec, coupant. Rien ne démontre une once d'humanité dans ses personnages clonés, d'entre lesquels semble émerger une innocente référence aux "Enfants des Damnés" de Anton Leader. Tout est d'une froideur et d'une précision formelle extraordinaire mais difficilement soutenable. Comme on l'a entendu dire, "Le ruban blanc" abandonne le corps Hanekien pour prolonger la torture et les sévices mentales, à caractère punitif. Sa violence est sourde, elle tremble en-dessous terre, et quand la caméra ne la suggère pas, elle prend une difformité religieuse qui assomme par sa force. "Le ruban blanc" est donc insoutenable, pour certains détestable par liaison. Soulignons toutefois la maîtrise extraordinaire du sujet, des personnages, de la mise en scène comme l'aboutissement des parti pris qui germent depuis "Le septième continent", donnant au film une allure quasi-testamentaire, comme si le cinéaste avait signé là son plus grand film. Mais il est difficile de ne pas être partagé entre ennui et admiration. L'oeuvre est irréprochable (si ce n'est l'ambiguité du propos concluant à l'échelle mondiale que toute forme d'éducation et toute institution ont mené au nazisme), certes discutable car elle entreprend un réel point de vue d'une forte personnalité, mais toujours dans le fil de l'ennui parmi cette masse de mystères, de dialogues qui s'étendent et de plans rebutants. Tout est si terrible qu'il faut lutter pour arriver jusqu'au bout de cette messe blanche qui noie les masques de l'homme dans un bain de sang invisible. On reste mitigé, cloué et fatigué en même temps ; certaines séquences secouent nos perceptions, par un simple dialogue assourdissant entre le veuf et sa maîtresse, ou par la démission du corps (l'enfant handicapé dont on bande les yeux dans son lit est, par le travail du son sur le cri et la représentation de la souffrance à l'écran, l'une des choses les plus horribles que l'on ait vu dans le cinéma d'Haneke), et on reste subjugué par la magistrale intelligence dont fait encore preuve Haneke. Sa façon de former une immense réflexion de son premier film jusque là frappe aux yeux : toujours torturé par la violence du monde, qu'elle soit définie par la vidéo ("Caché", qui ramène parallèlement aux douleurs du passé) ou, comme c'est le cas ici, qu'elle ramène aux fondements de l'horreur, chacun de ses films à une particularité et une maîtrise spécifique qui en font l'un des grands cinéastes-philosophes de son temps. Sa manière d'aborder les séquelles et les extrêmités mentales, par le biais des adolescents par exemple, écoeure le plus souvent. Sa façon de remettre en cause l'innocence de l'enfance en prenant le risque de les décrire comme le Mal à venir est une piste forcément passionnante mais qui n'aura pas que des admirateurs. La conclusion est simple : "Le ruban blanc" sera certainement le meilleur film d'Haneke pour qui l'admire, et son pire film pour qui ne supporte pas ses visions malsaines de la douleur humaine. Il faut absolument noter, pour finir, la présence de comédiens tous aussi extraordinaires les uns que les autres, qui tous auraient mérité (du plus petit au plus vieux) un prix d'interprétation. La précision du jeu des enfants, qui semblent martyrisés par les faits, est étonnante de maturité, et enfin le cinéma d'Haneke, lui, arrivé à la totale maturation de chaque seconde.

    Site web:  http://moncinemamesfilmsmonart.blogs.allocine.fr/
    marygoodnight
    Le 28/02/2010
    0 critique
    « A travers l’œuf, on peut déjà deviner le serpent », disait Bergman. Le message de Michael Haneke n’est pas bien différent. Son Ruban blanc, Palme d’or au dernier festival de Cannes, plonge au cœur d’un village protestant du nord de l’Allemagne au début du siècle dernier pour y interroger les origines du nazisme...


    Site web:  http://goodnightmary.blogspot.com/2009/10/lorigine-du-mal-le-ruban-blanc.html
    BIBI62
    Le 24/10/2009
    0 critique
    Voici enfin sur nos écrans (circuit très réduit d'ailleurs) la dernière Palme d'Or du Festival de Cannes, certes pas un film tous publics, en tout cas un film à voir asurément.
    A travers une histoire assez classique formellement parlant le metteur en scène, fidèle à ses thèmes favoris, traite ici la violence sourde et insidieuse, la montée de cette violence dans des âmes prisonnières d'intégrismes religieux ou politiques et sociaux, ces corps étouffants de rigidité moraliste, et démontre l'influence néfaste d'une éducation trop stricte sur des enfants, retournant celle-ci vers des actes terrifiants.
    Tout ce qui était absolu est peu à peu vidé de son humanité, et on peut y voir une dénonciation du fascisme et de tous les terrorismes ou oppressions diverses, en effet d'après Haneke une éducation trop stricte, trop puritaine peut être la source du mal en se retournant contre ceux qui les y ont précipité, ce ruban blanc noué au bras des enfants comme pour symboliser leur pureté et leur innocence devient vite symbole d'intégrisme et de rejet de l'autre, différent, physiquement ou socialement, impossible de ne pas y voir ainsi les futurs nazis, soucieux d'établir la "race pure".
    Saluons d'abord au plan visuel la magnifique photographie noir et blanc, une image qui colle parfaitement au sujet, le blanc de la pureté enfantine apparente opposé à la noirceur du sujet, les plans sont superbes, les tons chair biens rendus, et cette image noir et blanc donne aussi un côté presque fantastique à une histoire pourtant sans grand suspense apparent, mais d'où se dégage comme un parfum envoûtant et assez inquiétant.
    Alors certes le film est très lent, austère, cliniquement glacé parfois, certaines scènes sont un peu difficiles à tenir sur la longueur, il n'y a pas ou peu de sentiments, le coeur ici est sec voir éteint, n'empêche que reste un film d'une beauté certes froide mais très artistique aussi, servi par une interprétation juste, avec ces visages terribles d'implacable austérité, sans sentiments, et que ce soit les enfants ou les adultes, ils sont ici tous parfaits.
    Un beau film au sujet assez terrifiant, une histoire de violence sans passion, qui dérange et interroge, interpelle, mais qui est peut-être à l'arrivée finalement trop académique dans sa forme pour nous envoûter totalement.Légère déception donc par rapport au chef d'oeuvre annoncé mais à voir malgré tout.


    MA NOTE: 13/20

    Site web:  http://lecinedejo.blogs.allocine.fr
    jeremie747
    Le 09/07/2010
    0 critique
    Ce qui ressort de ce film, c'est d'abord l'immense talent de formaliste de Michael Haneke. Son travail sur l'image, sur le noir et blanc, sur le cadrage ressemble presque plus à un travail de photographe que de cinéaste. Tous les plans sont étudiés, sublimes. La caméra d'Haneke métaphorise son propos. Il alterne des plans en extérieur très surexposés, d'une clarté aveuglante, et des plans en intérieur un peu sous-exposés, en clair obscur avec des noirs très intenses. La symbolique est assez simple à décrypter : les apparences puritaines de la sphère publique de ce petit village aveuglent les atrocités qui sont commises dans l'obscurité de la sphère privée. C'est une très belle idée de mise en scène. Ensuite, il y a le sens de ce film, le propos d'Haneke. Au premier abord, on semble n’y voir qu’une simple chronique de village et une réflexion un peu simpliste sur l’origine du mal (perversité ou ennui ?). C’est le vrai problème du film. L’œil trop froid du cinéaste tient le spectateur à distance, l’intéresse sans l’impliquer et donne donc une coloration trop anecdotique à ce qui se passe à l’écran. On réfléchit cependant longtemps après l’avoir vu et “Le Ruban Blanc“ semble finalement plutôt une réflexion l’hypocrisie d’une éducation trop rigoureuse et puritaine. C’est le décalage entre les préceptes d’éducation et le comportement immoral, voire déviant, des adultes (l’exemple) dans un lieu confiné où rien n’est secret qui aboutit à la création des monstres.

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