Critiques du film: La Chambre du fils
    La Chambre du fils
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    La Chambre du fils
    tinalakiller
    Le 15/05/2015
    381 critiques
    Comme vous le savez probablement, le Festival de Cannes commence aujourd’hui. C’est l’occasion pour moi de consacrer quelques lignes à quelques films, sélectionnés voire même récompensés par le jury. Certains se réjouissent de voir de nombreuses dindes stars hollywoodiennes fouler le tapis rouge (comme si le cinéma se résumait à l’Amérique). Quant à moi, j’ai hâte de découvrir la sélection italienne. Certes, certains râlent car mes amis Nanni Moretti, Paolo Sorrentino et Matteo Garrone sont souvent / tout le temps sélectionnés dès qu’ils sortent un nouveau film. Cependant, même si je suis totalement pour la découverte de nouveaux talents, ces trois messieurs font pour moi partie des meilleurs réalisateurs européens actuellement. Et non, le cinéma italien n’est pas mort ! Je fais donc une première critique « cannoise » sur la Palme d’or attribuée par le jury de Liv Ullmann en 2001, c’est-à-dire La Chambre du fils. C’est une Palme d’or qui a tendance à emmerder les cinéphiles. Et il y a de quoi : la concurrence était rude, pas mal de films avaient largement le niveau pour remporter cette fameuse Palme qui fait tant rêver (et dans le lot, je considère certains comme des chefs-d’oeuvre). Pourtant, je défends fermement cette Palme d’or. Il s’agit d’un des meilleurs films de Nanni Moretti (je dis « un » car j’avoue que j’ai du mal à en avoir un préféré). Au passage, La Chambre du fils avait également remporté le prix FIPRESCI du festival de Cannes ainsi que 3 récompenses sur 12 nominations aux Donatello (les César italiens) : meilleur film, meilleure actrice pour Laura Morante et meilleure musique (composée par Nicola Piovani). Nanni Moretti était jusqu’à présent connu pour être une sorte de Woody Allen grognon, très engagé politiquement et qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense (son passage à Cannes en 2012 en tant que Président du jury nous l’a récemment prouvé lors des conférences de presse qu’on aime ou non son verdict). Même s’il n’y a pas nécessairement un changement radical, selon moi La Chambre du fils représenterait une sorte de renouveau dans la carrière de Nanni Moretti, dans le sens où son cinéma s’ouvre au fil des années à un public un peu plus large.
    Malgré une émotion qui peut paraître d’emblée dans son sujet (la perte d’un enfant), ce film avait tout pour se casser la gueule : comment filmer le deuil sans en faire des tonnes ? Comment rendre cette chronique familiale captivante ? Pourtant, Moretti s’en sort avec brio. Le film se veut simple notamment en prenant le temps de présenter chaque membre de la famille, leurs habitudes etc… La réalisation joue également sur la sobriété. Cependant, malgré cette simplicité en apparence, La Chambre du fils est vraiment émouvant. En réalité, c’est même cette sobriété qui permet au film de toucher le public. On aurait pu s’attendre à un film tire-larmes mais heureusement Moretti évite ce piège. Puis, surtout, cette sobriété, ce côté banal n’est qu’une apparence. En réalité, la mise en scène est exigeante et l’écriture remarquable, permettant de mettre en avant toute la complexité des sentiments humains. Le film est alors construit en trois parties. Dans la première partie, on nous présente la vie quotidienne d’une famille banale comme on en voit souvent, chacun ayant ses habitudes. Ce quotidien sera alors bouleversé par le décès du fils Andrea dans un accident de plongée. Dans la seconde partie, la cellule familiale est en crise, chacun réagit différemment suite à ce décès soudain : le père culpabilise, la mère s’effondre très rapidement et la soeur se défoule en jouant au basket. En ce qui concerne le père, il est intéressant de voir la confrontation entre la vie professionnelle et la vie privée. Le père (Giovanni) a l’habitude dans le cadre de son travail de voir la douleur des autres. Il pense qu’il pourra continuer à travailler après le décès de son fils. Mais sa douleur ne lui permet plus d’être compétent. La situation devient alors ironique, lui qui écoute les autres ne parvient pas à partager sa douleur en parlant avec quelqu’un d’autre. Cette deuxième partie présenterait alors une étude sur le comportement humain face au deuil, il y aurait alors une mise en abyme avec le travail de psychanalyste du père de famille.
    Enfin, dans la dernière partie, la famille aide Arianna, l’ancienne petite amie d’Andrea, à rejoindre la frontière française avec son Paul. Le voyage symbolise clairement la nouvelle vie de cette famille sans Andrea. Arianna est clairement une référence au fil d’Ariane, comme si l’âme d’Andrea s’était rattachée à elle : quand elle part, c’est comme si l’âme du fils pouvait partir à son tour définitivement, comme si la famille acceptait enfin sa mort. Même si chacun marche séparément dans le même cadre, la mer calme au dernier plan peut indiquer cet apaisement et surtout la possibilité d’un rapprochement entre chaque membre et par conséquent de la reconstruction de la cellule familiale : cela prendra encore du temps mais cette famille a désormais la possibilité de surmonter son drame et continuer sa vie. Il n’y a pas que la construction du scénario ou encore toutes les métaphores possibles qui sont intéressantes. Chaque détail, chaque dialogue, chaque plan compte et a une réelle signification. Par exemple, il est intéressant de voir comment la mort est omniprésente avant le décès d’Andrea : Giovanni roule en voiture pour se rendre chez un patient, un camion roule dangereusement sur la route, un voleur pousse violemment la mère au marché aux puces, la soeur a une conduite dangereuse sur sa motocyclette. Pourtant Andrea meurt dans un paysage qui n’a pas l’air dangereux, d’un calme effroyable. Pour conclure, La Chambre du fils est un magnifique film, accessible mais pas simpliste, profond, généreux, précis et rigoureux, mais jamais prétentieux ni méprisant avec ses spectateurs, au contraire. L’ensemble est juste, puissant, intelligent et émouvant, sans foutre un couteau sous la gorge aux spectateurs. Enfin, le casting est impeccable, la musique de Nicola Piovani est magnifique sans être envahissante et certains choix musicaux (Insieme a te non ci sto più de Caterina Caselli, By this river de Brian Eno etc…) sont pertinents.

    Site web:  http://tinalakiller.wordpress.com/2015/05/13/la-chambre-du-fils/
    tombalabomba
    Le 07/10/2009
    5 critiques
    Film emouvant, mais loin d etre surjoue. La pudeur qui accompagne les personnages de la serie depeint tragiquement bien le desespoir profond dans lequel un tel evenement vous plonge.La famille unie, la serenite brisee par la mort de l enfant...Impossible de retenir une larme.

    tinalakiller
    Le 25/06/2015
    381 critiques
    Comme vous le savez probablement, le Festival de Cannes commence aujourd’hui. C’est l’occasion pour moi de consacrer quelques lignes à quelques films, sélectionnés voire même récompensés par le jury. Certains se réjouissent de voir de nombreuses dindes stars hollywoodiennes fouler le tapis rouge (comme si le cinéma se résumait à l’Amérique). Quant à moi, j’ai hâte de découvrir la sélection italienne. Certes, certains râlent car mes amis Nanni Moretti, Paolo Sorrentino et Matteo Garrone sont souvent / tout le temps sélectionnés dès qu’ils sortent un nouveau film. Cependant, même si je suis totalement pour la découverte de nouveaux talents, ces trois messieurs font pour moi partie des meilleurs réalisateurs européens actuellement. Et non, le cinéma italien n’est pas mort ! Je fais donc une première critique « cannoise » sur la Palme d’or attribuée par le jury de Liv Ullmann en 2001, c’est-à-dire La Chambre du fils. C’est une Palme d’or qui a tendance à emmerder les cinéphiles. Et il y a de quoi : la concurrence était rude, pas mal de films avaient largement le niveau pour remporter cette fameuse Palme qui fait tant rêver (et dans le lot, je considère certains comme des chefs-d’oeuvre). Pourtant, je défends fermement cette Palme d’or. Il s’agit d’un des meilleurs films de Nanni Moretti (je dis « un » car j’avoue que j’ai du mal à en avoir un préféré). Au passage, La Chambre du fils avait également remporté le prix FIPRESCI du festival de Cannes ainsi que 3 récompenses sur 12 nominations aux Donatello (les César italiens) : meilleur film, meilleure actrice pour Laura Morante et meilleure musique (composée par Nicola Piovani). Nanni Moretti était jusqu’à présent connu pour être une sorte de Woody Allen grognon, très engagé politiquement et qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense (son passage à Cannes en 2012 en tant que Président du jury nous l’a récemment prouvé lors des conférences de presse qu’on aime ou non son verdict). Même s’il n’y a pas nécessairement un changement radical, selon moi La Chambre du fils représenterait une sorte de renouveau dans la carrière de Nanni Moretti, dans le sens où son cinéma s’ouvre au fil des années à un public un peu plus large.
    Malgré une émotion qui peut paraître d’emblée dans son sujet (la perte d’un enfant), ce film avait tout pour se casser la gueule : comment filmer le deuil sans en faire des tonnes ? Comment rendre cette chronique familiale captivante ? Pourtant, Moretti s’en sort avec brio. Le film se veut simple notamment en prenant le temps de présenter chaque membre de la famille, leurs habitudes etc… La réalisation joue également sur la sobriété. Cependant, malgré cette simplicité en apparence, La Chambre du fils est vraiment émouvant. En réalité, c’est même cette sobriété qui permet au film de toucher le public. On aurait pu s’attendre à un film tire-larmes mais heureusement Moretti évite ce piège. Puis, surtout, cette sobriété, ce côté banal n’est qu’une apparence. En réalité, la mise en scène est exigeante et l’écriture remarquable, permettant de mettre en avant toute la complexité des sentiments humains. Le film est alors construit en trois parties. Dans la première partie, on nous présente la vie quotidienne d’une famille banale comme on en voit souvent, chacun ayant ses habitudes. Ce quotidien sera alors bouleversé par le décès du fils Andrea dans un accident de plongée. Dans la seconde partie, la cellule familiale est en crise, chacun réagit différemment suite à ce décès soudain : le père culpabilise, la mère s’effondre très rapidement et la soeur se défoule en jouant au basket. En ce qui concerne le père, il est intéressant de voir la confrontation entre la vie professionnelle et la vie privée. Le père (Giovanni) a l’habitude dans le cadre de son travail de voir la douleur des autres. Il pense qu’il pourra continuer à travailler après le décès de son fils. Mais sa douleur ne lui permet plus d’être compétent. La situation devient alors ironique, lui qui écoute les autres ne parvient pas à partager sa douleur en parlant avec quelqu’un d’autre. Cette deuxième partie présenterait alors une étude sur le comportement humain face au deuil, il y aurait alors une mise en abyme avec le travail de psychanalyste du père de famille.
    Enfin, dans la dernière partie, la famille aide Arianna, l’ancienne petite amie d’Andrea, à rejoindre la frontière française avec son Paul. Le voyage symbolise clairement la nouvelle vie de cette famille sans Andrea. Arianna est clairement une référence au fil d’Ariane, comme si l’âme d’Andrea s’était rattachée à elle : quand elle part, c’est comme si l’âme du fils pouvait partir à son tour définitivement, comme si la famille acceptait enfin sa mort. Même si chacun marche séparément dans le même cadre, la mer calme au dernier plan peut indiquer cet apaisement et surtout la possibilité d’un rapprochement entre chaque membre et par conséquent de la reconstruction de la cellule familiale : cela prendra encore du temps mais cette famille a désormais la possibilité de surmonter son drame et continuer sa vie. Il n’y a pas que la construction du scénario ou encore toutes les métaphores possibles qui sont intéressantes. Chaque détail, chaque dialogue, chaque plan compte et a une réelle signification. Par exemple, il est intéressant de voir comment la mort est omniprésente avant le décès d’Andrea : Giovanni roule en voiture pour se rendre chez un patient, un camion roule dangereusement sur la route, un voleur pousse violemment la mère au marché aux puces, la soeur a une conduite dangereuse sur sa motocyclette. Pourtant Andrea meurt dans un paysage qui n’a pas l’air dangereux, d’un calme effroyable. Pour conclure, La Chambre du fils est un magnifique film, accessible mais pas simpliste, profond, généreux, précis et rigoureux, mais jamais prétentieux ni méprisant avec ses spectateurs, au contraire. L’ensemble est juste, puissant, intelligent et émouvant, sans foutre un couteau sous la gorge aux spectateurs. Enfin, le casting est impeccable, la musique de Nicola Piovani est magnifique sans être envahissante et certains choix musicaux (Insieme a te non ci sto più de Caterina Caselli, By this river de Brian Eno etc…) sont pertinents.

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