Critiques du film: Le BGG - Le Bon Gros Géant
    Le BGG - Le Bon Gros Géant
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    Le BGG - Le Bon Gros Géant
    BrooklynNoA
    Le 22/01/2017
    25 critiques
    Adapté du roman éponyme de Roald Dahl, Le "BGG" est un délicieux conte qui fait naitre rapidement un sourire tendre sur les lèvres.
    C'est ici une adaptation, je ne pouvais donc pas passer à côté de la proposition de Cinetrafic ! Et je dois dire que c'est ici une adaptation au sens propre du terme. Je l'ai lu il y a longtemps, mais je me suis replongée avec beaucoup de plaisir dans cette imaginaire et ce géant si attendrissant et son parlé si particulier. Alors même si l'histoire est simplifié au possible, si la noirceur du conte de Roald Dahl est épuré, je valide vraiment les choix effectués et j'ai complètement oublié le livre pour me laisser complètement porter par cette nouvelle vision proposée par le réalisateur.

    Monsieur Steven Spielberg nous livre encore une fois pour moi un petit miracle de cinéma... Un univers fantastique rempli d'un réalisme fascinant. Une amitié improbable et touchante entre un géant de plus de 7 mètres tendre et délicat et une petite fille de 10 ans intelligente et adorable, qui n'a pas froid aux yeux ni sa langue dans la poche.

    Déja fasciné par Mark Rylance dans le magnifique "Le Pont des Espions" du même Steven Spielberg, je tombe ici encore une fois sous son charme et son regard si profondément gentil et bienveillant... Pourtant il fait dans ce film plus de 7m, il a de grandes oreilles et il a le triple de mon âge... Et pourtant ! Il est ici magistral, grand par la taille mais aussi par le talent ! Ruby Barnhill, dont c'est le premier rôle est parfaite dans le rôle et fait un mélange assez intriguant de plusieurs des personnages de Steven Spielberg : elle est à la fois Elliott d'"E.T.", Gertie sa petite soeur et David Swinton dans "A.I".


    Un géant végétalien, incompris, marginal et persécuté au milieu de ses pairs canibals et une petite fille orpheline et insomniaque vont finalement réunir leur solitude pour faire naitre une amitié forte et belle. Sur le thème de la différence qui réunit, le BGG nous rappelle encore une fois d'aller au delà des apparences et de prendre le temps de découvrir l'autre...

    Les images sont sublimes, la fluidité des mouvements est bluffante et la musique accompagne divinement chaque scène. Émouvant, drôle et sensible Le "BGG" nous emporte dans l'aventure l'air de rien et nous dépose 1h57 plus tard apaisé, attendri et nostalgique de ce voyage au pays des géants...

    L'humour n'est bien sûr jamais loin et j'ai souri à plusieurs reprises, amusée par quelques scènes coquasses et surtout par le charabiage de BGG ! Je suis absolument fan ! Toujours à l'écoute de la moindre de ses phrases distordues, amusée par les jeux de mots qu'elle cache. Mais je dois dire qu'une scène en particulier va tout de même très loin... Quand même faire péter la Reine d'Angleterre, la REINE... LOL LoveIT !

    Et pour finir, mention spéciale également à Dany Boon qui fait un doublage formidable du BGG !

    Un film d'aventure qui renvoie à mes meilleurs souvenirs d'enfance et ces films qui ont tant comptés pour moi comme "Les Goonies", "E.T." ou, "Labyrinthe" ou encore "Willow". Ou même un peu plus tard "Arthur et les Minimoys". BGG a laissé sa petite trace en moi... Merci Monsieur Spielberg !

    En bref : Drôle, tendre, mignon et esthétiquement magnifique... LE BGG nous charme rapidement par son charabiage et son imaginaire. Steven Spielberg encore une fois exploite le thème de la tolérance face à la différence...


    Site web:  http://noaetsonmonde.blogspot.fr/2017/01/dvd-le-bon-gros-geant-de-steven.html
    Sly-Bcsf
    Le 24/11/2016
    38 critiques
    Votre âme d'enfant est cachée ?, laissez là resurgir, juste un soir !

    Nous avons toujours eu, une grande attente concernant les réalisations de Steven Spielberg, quelque soit le genre, le style et l'histoire. Ses goûts éclectiques, son imagination débordante et son envie de transmettre, ont fait de lui un grand réalisateur et personnellement, il a bercé mon enfance et a toujours réussi à me captiver.

    J'espère qu'il n'en sera pas autrement pour le Bon Gros Géant !


    Le "B.G.G." est interprété par Mark Rylance, tout simplement impérial. C'est la deuxième fois qu'il joue pour Steven Spielberg, après une belle collaboration sur Le pont des espions (2015), l'acteur britannique prend du galon et brille dans le rôle du géant. La jeune Ruby Barnhill joue là, son premier rôle, celui de Sophie, l'interprétation est juste et le charme fait le reste. Qui de mieux que Spielberg comme guide pour débuter dans une carrière ?!


    Dès les premiers plans, la couleur est annoncée, le côté sombre et mystérieux semble pointé le bout de son nez, l'apparition du géant se fait discrètement avec sa taille qui se dévoile petit à petit sur un jeu d'ombre et de lumière, une main, un regard et la rencontre est en marche.... et voilà! ... il est bien là, l'effet recherché, le mystère s'installe et fonctionne à merveille. Tout comme dans Hook (1992) avec Peter Pan et le capitaine crochet, Steven Spielberg réitère, il mélange un monde imaginaire avec celui qu'on connaît, il nous offre une alchimie parfaite entre deux personnages issue de deux mondes bien distincts, à l'image d'E.T. et Elliot dans E.T. L'extra-terrestre (1982).


    Bien que cette histoire fût tirée du roman éponyme de Roald Dahl, Spielberg nous démontre une nouvelle fois sa capacité à adapter ce qu'il veut à l'écran. La réalisation est soignée avec des images exceptionnelles accompagnées de toutes les exagérations possible et inimaginable.


    Le BGG cible parfaitement son auditoire, il se regarde en famille sans aucune hésitation.

    Pourquoi ?

    Tout simplement parce qu'il émerveille et fait rire les plus jeunes avec ses répliquent au dialecte loin d'être incompréhensible et croyez-moi, entre la transformation de notre vocabulaire et la création de certains mots, notre langue française devient un tantinet plus joyeuse et frivole, "un langage tout entortillé" comme il dit si bien. Loin des rires aux éclats des enfants, les adultes souriront sûrement, impossible d'y échapper. Sinon, buvez donc un peu de "verdi-bulle", vous verrez ça décoince !

    Il y a aussi le fait que la magie opère dès les premiers instants, cette merveilleuse histoire enfantine nous est conté de la plus belle des manières, avec beaucoup d'ingéniosié et de poésie, tout est écrit pour nous faire retomber en enfance.

    Après, ça fonctionne, ou pas ! Tout dépendra des attentes que vous vous êtiez faites de ce Bon Gros Géant.


    Quoi qu'il en soit, l'ensemble, offre un très bon moment de cinéma, une belle histoire pour petits et grands. Il faut évidemment le visionner avec son âme d'enfant et ne pas être assoiffé de scénario complexe.

    J'ai lu plusieurs critiques presses et spectateurs, juste pour voir si je trouvais des personnes qui avaient eu les mêmes ressenties que moi et heureusement, il y en a. Par contre, j'en ai lu qui m'ont un tant soit peu chagriné, ils sont d'une sévérité dans leur propos ! À quoi bon aller voir un film, qui d'avance ne vous plaît apparemment pas ? je n'arrive pas à comprendre ! On vous force ? Bref ! il en faut pour tous les goûts.

    Pour ma part, c'est sans aucun doute un Spielberg de plus dans ma vidéothèque. ;)

    Sly

    Site web:  http://fandecine.canalblog.com/archives/2016/11/24/34604254.html
    girliecinephilie
    Le 16/12/2016
    22 critiques
    Comme beaucoup, j'imagine, mon enfance a été bercée par les romans de Roald Dahl. Je les ai pratiquement tous lu, et j'avais une grosse préférence pour Sacrées sorcières et le Bon Gros Géant. Il y avait là-dedans tout ce dont peut rêver une gamine avide d'histoires: du merveilleux, du rêve mêlé à un monde tout à fait quotidien, foisons de jeux de mots, de l'humour parfois pipicacaprout (le plus fendard à l'école primaire, comme en atteste le succès toujours vivace de Toto), des illustrations super sympas par Roald himself, qui savait si bien croquer les nez biscornus des sorcières, des aventures et des barres de rire en masse. Roald Dahl, c'était aussi une de mes premières initiations à la culture britannique: on y retrouvait souvent Londres, la reine, le thé. Quant au Bon Gros Géant en particulier, je l'ai lu plusieurs fois, sans que cela ne devienne moins amusant, découvrant à chaque lecture de nouvelles raisons de rire et de m'émerveiller. Du coup, comme souvent quand on aime beaucoup un livre, j'avais un peu peur que Steven Spielberg, malgré son talent pour les films familiaux, ne me gâche ces fabuleux souvenirs par une adaptation mal foutue, et je ne pouvais m'empêcher d'avoir quelques appréhensions.

    Pour ceux qui seraient passé à côté, (et dans ce cas là, que vous décidiez ou non de voir le film, je vous conseille vivement la lecture du roman de Roald Dahl), Le Bon Gros Géant raconte la rencontre, une nuit, d'une petite orpheline, Sophie et dudit géant, qui au départ ne semble pas si bon que ça, puisqu'il enlève la gamine sans lui demander son avis. Mais Sophie se rend vite compte qu'il s'intéresse bien plus à tromper sa solitude que sa faim, puisqu'il ne se nourrit presque exclusivement de schnockombres (comme des concombres, en vachement moins ragoûtant). Il deviennent donc amis et c'est ainsi que le géant obtient son titre de BGG. Sophie découvre le métier de chasseur et insuffleur de rêves de son copains grand format, mais fait aussi la rencontre effrayante de ses compatriotes du pays des géants, à l'appétit nettement moins végétarien.

    Je dois dire que dans l'ensemble, même si je garde quelques réserves, j'ai été assez charmée du résultat. D'abord parce que j'ai trouvé que l'univers de Rald Dahl était plutôt bien respecté (et c'était une crainte majeure pour moi de voir le king du ciné US dénaturer l'empereur de la littérature enfantine UK). Le géant, interprété par un Mark Rylance boosté aux images de synthèse ressemble parfaitement au grand monsieur dégingandé à grandes oreilles des illustrations du livre. On a vraiment l'impression de le retrouver tel qu'on l'avait quitté. Et en plus, il a une voix! Et quelle voix: un bel accent du sud ouest britannique, bien rural, qui écorche joliment les mots pour en faire des vraies petites œuvres d'art. Parce que oui, on retrouve avec bonheur la langue de Dahl: le frétibulle (frobscottle), les crépiprout (whizzpopping), les hommes de terre (human beans), on se délecte toujours du vocabulaire savourieux (scrumdiddlyumptious) du BGG. A mon avis, l'esprit de Roald Dahl est respecté et le film délivre parfaitement la truculence de son style.
    Plastiquement, c'est du Spielberg: du très bel ouvrage dans l'ensemble, en particulier sur les éléments animés. Je ne suis pas certaine que tout vieillira très bien, en particulier les scènes avec les autres géants, mais il y a quelques très belles images, notamment dès qu'on touche à la représentation des rêves. La séquence où le BGG initie Sophie à la châsse au rêve est un véritable modèle du genre: du merveilleux, de l'émouvant et un peu d'épouvante, tout ça avec de simple bulles évanescentes et tourbillonnantes. Bref, globalement, c'est du lourd, une machine bien huilée à injections de John Williams, c'est drôle et tout à fait divertissant pour tous.

    Côté interprétation, ça vaut plutôt le détour, pour Mark Rylance, campe un adorable géant, mais surtout pour la très bonne surprise du film, Penelope Wilton, qui après avoir interprété le plus chouette des premiers ministres dans Dr Who (Harriet Jones, Prime minister!), ne se voit confier rien moins que le rôle de la reine. Et elle est, comme à son habitude, irrésistible. Quant à la jeune Ruby Barnhill, qui interprète Sophie, elle est tout à fait à l'aise dans ce rôle de la gamine trop mûre pour son âge. Elle est parfois un peu irritante, mais après tout, c'est aussi le cas de son personnage, donc cela fonctionne plutôt bien.
    S'il est bourré de qualité, ce BGG a cependant quelques défauts, surtout au niveau du rythme. Je trouve qu'il a, contrairement à son héros rectiligne, quelques creux et un gros ventre mou. Si l'enchaînement des aventures de Sophie et du BGG fonctionnent très bien à l'écrit, ramassé sur un film, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, des changements de rythmes pas toujours évidents à tenir qui empèsent un peu le film. Et puis, c'est souvent mon problème avec Spielberg, si je reconnais que c'est un très bon réalisateur, efficace et minutieux, je trouve qu'il manque parfois d'une "patte". Et si je n'ai jamais vu un mauvais film de Spielberg, je n'ai jamais été complètement soufflée par ce film (à part peut être pour Munich). Mais rien de bien grave ici, parce que l'ensemble reste de très bonne facture et qu'en ce qui me concerne, j'ai pris pas mal de plaisir à le voir.


    Site web:  http://girliecinephilie.blogspot.fr/2016/12/le-bgb-gacme.html
    LordGalean
    Le 27/12/2016
    67 critiques
    Steven Spielberg est un réalisateur atypique et caméléon qui ne cesse d'étonner son public. Refusant catégoriquement comme son comparse Robert Zemeckis de se laisser enfermer dans un seul genre, il est capable de faire des bonds de géant et passer d'un film d'espionnage sur fond de guerre froide à une histoire pour enfants renouant avec la poésie et l'onirisme d'un E.T, mais en en occultant la partie tragique (quoique). C'est de ce dernier dont nous allons traiter d'ailleurs, le Bon Gros Géant, adapté du roman éponyme de Roald Dahl, écrivain anglais immense pour la jeunesse mais pas seulement, à qui on doit entre autre les romans, Mathilda, Charlie et la chocolaterie, ou encore Sacrées Sorcières, tout trois déjà adaptés au cinéma.

    Il n'est nul besoin de rappeler à quel point l'univers du romancier anglais est cinématographique, tant chacune de ses oeuvres ou presque a eu une adaptation pour le grand ou le petit écran, que ce soit Burton, Mel Stuart, Wes Anderson, Nicolas Roeg ou Danny de Vito, chacun de ces réalisateurs pourtant très différent a su concilier son propre univers avec celui de Dahl. Et c'est évidemment encore une fois le cas de Spielberg avec le Bon Gros Géant (que nous nommerons le BGG ou le BFG pour des raisons de clarté), puisque ce dernier est allé chercher et le mot est faible, tirer de sa retraite serait plus juste, la plus Sophie des scénaristes, Melissa Mathison, à qui on doit le génialissime, cultissime et générationnel E.T du même Steven Spielberg. On doit à cette dernière, outre le sublime E.T, le merveilleux L'indien du placard de Frank Oz (Yoda pour les intimes), le sympathique l'Etalon Noir, le rigolo "Kick the Can" volet du film la 4eme Dimension de Steven Spielberg, et l'excellent Kundun de Martin Scorsese, et c'est tout.

    Son dernier scénario écrit date de 1997, donc Spielberg est venu tirer la dame, ex-madame Ford de 20 ans de "sommeil" pour lui demander l'impossible à savoir adapter le Bon Gros Géant, pour lui. Il existe un téléfilm anglais trés distrayant, mais c'est un film d'animation et qui date de 1989 par ailleurs. Le BGG de Spielberg lui est sorti l'an dernier, et pour traduire l'immense talent de dessinateur de Blake à l'écran, Spielberg a utilisé le must de la technologie actuelle à savoir la Performance Capture ou cinéma virtuel pour rendre au mieux l'humanité qui se dégage des illustrations de Quentin Blake (grand ami de Roald Dahl et illustrateur de la plupart de ses couvertures et dessins encartés dans les livres de poche de l'auteur) et l'âme de ses personnages.

    Petit rappel en quelques lignes du procédé de Performance Capture, l'idée maîtresse étant de rendre aux comédiens, la possibilité de jouer leur scène comme au théâtre, sans être interrompu, sans être gêné par un problème technique, une coupe de son ou de lumière, ou un imprévu de tournage et le tout avec les indications du réalisateur en quasi direct, et pour les plus audacieux des réals, la possibilité de pré-filmer le résultat en temps réel quasiment avec des personnages en fil de fer. Les comédiens sont donc harnachés dans une combinaison couverte de capteurs, et ont des capteurs sur tout le visage et une petite caméra qui filme leur visage. Certes le procédé est un peu difficile à porter au début, mais une fois la magie de la fiction opérante, ça n'est pas plus handicapant qu'un masque de Commedia ou un nez rouge de clown, et surtout ça permet aux comédiens et aux comédiennes de véritablement s'investir dans le personnage, de devenir le personnage, de s'incarner même, tant l'âme des comédiens va entrer en fusion avec le résultat final qui sera supervisé par des techniciens CGI qui vont recouvrir les fils de fer d'un masque numérique en animation, masque qui au contraire du full CGI gardera trace du jeu et de l'expression du regard des comédiens et comédiennes. N'importe quel comédien ou comédienne normalement constitué, et habitué au théâtre ne rêve que d'une seule chose, un tournage en performance capture, dans les conditions quasi direct du théâtre.

    Le procédé choisi par Spielberg et expérimenté avec son Tintin, a pour lui de permettre aux comédiens d'incarner, l'incarnable. Ainsi, Katherine Turner est devenu une maison pour le fantastique Monster House de Gil Kenan, Benedict Cumberbatch un dragon pour la non moins fantastique trilogie du Hobbit de Peter Jackson, et le facétieux Mark Rylance du pont des espions, devient un géant de 7 mètres de haut pour Spielberg, tandis que Bil Hader, lui devient un géant de 9 mètres de haut antagoniste du pauvre BGG.

    La partie technique étant précisé, on va pouvoir attaquer le gros de l'analyse. Spielberg réalise pour certains un film mineur, pour d'autres un navet, pour d'autres encore dont fait parti votre serviteur, un pur chef d'oeuvre qui n'a rien à envier aux films qui sortent sans cesse sur nos écrans. Déjà un point sur lequel tout le monde sera d'accord ou presque, Mark Rylance compose un parfait BGG, et même la voix française du géant, le sympathique Danny Boon n'est pas en reste, tant son interprétation vocale colle à merveille au personnage de Dahl et Spielberg, et tant on ne reconnait pas une seule intonation de l'acteur, entièrement voué à son rôle, incarner le personnage du roman ce dont il se sort à merveille, tour à tour triste, émouvant, drôle, irritant même, mais toujours impeccablement juste. La petite Ruby Barnhil, révélation du film est elle aussi excellente, et chacune de ses mimiques est un plaisir pour le spectateur attendri. Aucun comédien ou comédienne du film ne démérite d'ailleurs, et le tout est comme d'habitude merveilleusement accompagné par la musique de l'alter ego musical du réalisateur, le fidèle John Williams, qui compose un thème pour le géant, chantable, virevoltant, à tomber, comme toujours chez Williams. Le montage n'est pas en reste, puisqu'il est encore une fois assuré par le génial Michael Kahn, dont c'est le deuxième film monté entièrement sur station numérique (le premier étant Tintin), car oui il faut savoir que Kahn est un des derniers monteurs qui monte encore directement la pellicule sur Moviola, et le passage de Spielberg au cinéma virtuel l'a un peu contraint à passer au montage numérique mais il s'en sort parfaitement bien, gérant toujours aussi bien les transitions Spielbergienne et les moments de tensions ou au contraire de vivacité de l'histoire.

    L'histoire en quelques mots est celle de Sophie, petite fille orpheline qui vit dans un orphelinat et dont la rencontre avec le BGG va bouleverser sa vie et la transformer à jamais. Nous sommes en plein dans le conte initiatique, fer de lance des bouquins de Roald Dahl, et Spielberg depuis E.T, maîtrise le conte initiatique, comme personne, d'où la présence de Melissa Mathison au scénario. Mais le BGG n'est pas seulement un film Dahlien, puisque c'est l'occasion pour Spielberg de parler de nombres de ses thématiques personnelles, tout en illustrant ses idées par ses marottes visuelles, (reflet, cadre dans le cadre, plan Spielbergien en veux-tu en voilà), bref c'est un véritable festival de ce côté là, et il va même jusqu'à se personnifier sous les traits du géants semeurs de rêve, car qui est Spielberg sinon un géant qui vient apporter du rêve par sa compagnie (Dreamworks, littéralement l'usine à rêves) et sa réalisation inspirée. Impossible d'ailleurs de ne pas voir les passages de fabrication des rêves, comme une métaphore du montage ou de la réalisation d'un film, au point que même Canal + s'en est inspiré pour sa nouvelle pub.

    Au final, on se retrouve avec un merveilleux petit film pour enfants, qui en plus d'avoir le bon goût de ne pas les prendre pour des cons, a l'intelligence de s'adresser à eux en futur adulte, en abordant des thèmes divers et variés comme le harcèlement, la guerre, la mort, etc... J'aurais aimé pouvoir traité plus avant le film, mais ce sera pour une prochaine fois, car cette critique ne fait pas partie de mes critiques analyses mais est en réponse à la réception du bluray pour le site cinetrafic.

    Je m'épancherais plus avant sur le film dès que j'en ai le temps pour vous apporter une analyse plus fouillée, plus approfondie et je l'espère la plus exhaustive possible. 

    Sortie du DVD ou blu-ray le 1er décembre 2016 et le site du distributeur Metropolitan Filmexport.

    Retrouvez ce film dans les catégories http://www.cinetrafic.fr/film-2017 et
    http://www.cinetrafic.fr/liste-film/2308/1/les-films-fantastiques-pour-enfants



    sebd59
    Le 04/07/2016
    350 critiques
    Steven Spielberg avait changé ses plans pour finalement réaliser le BGG et revenir au film familial plus qu'au gros blockbuster plein d'action. Adapté Roald Dahl est une bonne idée car on a tous lu au moins un de ses livres mais malheureusement, le BGG est retranscris à l'écran de façon très pauvre. Visuellement, le film est assez exceptionnel principalement la scène de l'arbre des rêves, qui est également une scène très poétique, mais en dehors de ce passage c'est tristement vide. La 3D aurait pu être très utile mais malheureusement, elle est sous exploitée et quasi impossible à percevoir. Seul rayon de soleil dans ce film, l'interprétation de Ruby Barnhill qui est magnifique et permet de faire passer cette émerveillement du personnage de Sophie face au monde des géants.

    Site web:  http://1oeildanslasalle.canalblog.com/archives/2016/07/04/34049515.html
    MAYDRICK
    Le 27/10/2016
    22 critiques
    Bon, autant le dire tout de suite, c’est raté. Et je serais curieux de lire le bouquin parce que le film ne fait pas le pari de la noirceur, mais moi je ferais bien celui de croire que l’histoire écrite par Dahl en regorge bien plus. Tout cela sent l’édulcorant à pleins naseaux. La faute pourrait bien incomber à Melissa Matheson (qui est déjà en grande partie responsable des fadeurs injectées tout au long de la trame d’E.T. THE EXTRA-TERRESTRIAL, et tout autant coupable des mauvais scénarii de THE INDIAN IN THE CUPBOARD et KUNDUN), ou tout bonnement à Walt Disney Pictures qui produit la chose, et dont le conservatisme alourdit considérablement le cahier des charges, comme chacun sait. Quoiqu’il en soit nous ne retrouvons la pâte de Dahl qu’en surface et c’est tant mieux nous préférons cela plutôt que de voir Spielberg s’effacer complètement et de n’avoir plus que Dahl. Voilà, c’est fait, nous pouvons passer maintenant aux choses sérieuses.

    Et d’ailleurs, ça attaque pas mal du tout. Ca s’ouvre sur un plan en extérieur alors que le point de vue se place depuis l’orphelinat. Puis, nous arrivons dans ce lieu comme pour mieux en repartir, redécouvrir la ville et enfin s’exiler chez les géants. Cela peut paraître tarabiscoté retranscrit de la sorte, mais cinématographiquement tout cela a l’énorme avantage de bien spatialiser les règles dès le départ et d’éviter une exposition trop solennelle. La caméra file lentement, nous laissant le temps de quelques poignées de main, de noter le souci plastique et de constater que l’imagerie et la photo se gargarisent de luxe et de raffinement. Il y a beaucoup d’argent derrière tout cela, c’est sûr, mais Spielberg prend son temps, très courtois le bougre, avant de nous dire à quelle sauce nous allons être mangés. Et tout à coup, sans vraiment nous en rendre compte, il nous fait rentrer dans son film sans ambages. Pas besoin de plus pour les présentations. La jeune Ruby Barnhill envahit l’écran et prend le film à son compte. Happés que nous sommes, THE BFG nous présente cette jeune fille orpheline qui craint les trois heures sonnantes de la nuit, et elle est seule car ses copines dorment, seule avec un chat (à ce point-là cela veut donc dire qu’il n’y a plus d’espoir), et on la surveille pour qu’elle aille se coucher, et l’heure des ombres approche, et elle s’enfouit sous sa couverture, et elle sait très bien ce qu’il ne faut pas faire, elle le sait parfaitement mais elle le fait quand même ! L’instant d’après nous voilà embarqués dans une aventure qui nous transporte déjà au cœur du sujet, qui n’a rien oublié et qui fonce, fonce, fonce… Drôle d’entrée en matière, nous disons-nous. Très directive et très musclée. Pourtant, en seulement quelques minutes, Spielberg n’a raté aucune étape et nous a propulsés dans son film bien plus vite que n’importe qui. Tout est limpide. Dehors, le géant déborde d’astuce et d’espièglerie pour que les humains ne le voient pas (d’ailleurs sont-ils au courant de son existence ? Nous ne le saurons pas.) A l’intérieur, Ruby Barnhill est la petite orpheline par excellence, délaissée et apeurée par les formes qui l’entourent et qu’elle ne comprend pas. Et comme souvent chez Spielberg, deux solitudes s’attirent et se rencontrent, pour laisser libre cours ici à un parcours initiatique qui parle de la famille et donc, vous l’aurez compris, de la place que l’enfant y occupe.

    Cela, évidemment, c’est le sujet de l’histoire élaborée par Roald Dahl. C’est lisible, peut-être pas de manière explicite, mais en tout cas, c’est la ligne directrice et elle est assez voyante pour ne pas s’égarer en chemin. Et en bon guide qu’est Spielberg, il va nous amener à bon port, usant des leviers de mise en scène dont il dispose, pas forcément toujours utilisés de la manière la plus fine qui soit, mais qui ont au moins le mérite de ne pas laisser le cinéaste se reposer uniquement sur le scénario.

    D’abord, il faut bien noter que, dès la première scène, le jeu ininterrompu sur les lumières et les ombres devient une des composantes principales dans la définition des univers que Spielberg nous propose d’explorer. Ombres déformées, ombres cachées, ombres chinoises, ombres dans le fond qui passent comme une menace… Lumières qui transpercent l’obscurité, rayons lumineux qui créent des formes, modulent des ambiances… Cela donne de très belles idées de mise en scène. Je vous laisse apprécier, par exemple, comment une ombre grandissante sur le sol évoque tout ce que redoute la jeune fille qui fait semblant de dormir, et qui l’emprisonne à la fois dans cet orphelinat et dans sa solitude. Et là-dessus, cette ombre bien trop grande annonce en pointillé que les adultes sont des géants obscurs et souvent terrifiants. Et tout cela en faisant progresser le récit. Comme c’est ingénieux !

    Janusz Kaminski, le chef opérateur, n’a pas dû s’amuser tous les jours dans la cour de récré, avec un prénom pareil. Pourtant, il a fait un travail remarquable que nous pouvons voir comme une bataille incessante entre ombre et lumière, à savoir qui des deux prendra les meilleures parts de l’autre. Une sorte de contamination géographique dans l’esprit du jeu de go. C’est continu, quasiment jusqu’à l’arrivée chez la reine, pourrions-nous dire. D’ailleurs, chez elle, tout est d’une grande luminosité. Notez comme ces jeux d’ombre et de lumière cessent définitivement, cette dernière l’ayant emporté. Il faut dire que la première étape de l’apprentissage de Ruby Barnhill, celle avec le géant, est terminée. Les rôles ont tourné. C’est maintenant elle qui s’occupe de l’éducation du géant, dans cette scène de petit-déjeuner. Désormais, elle est prête à affronter un monde qui ne l’effraie plus et dont elle distingue parfaitement les contours, à défaut d’un percevoir le sens (qui n’est que la prochaine étape de son évolution, finalement).

    L’emploi des couleurs est aussi fantastique dans son renoncement à créer un festival de feux d’artifices, mais toujours à rechercher une adéquation avec la formulation des ambiances et l’émergence des couleurs sélectionnées en fonction de leur impact pictural ou symbolique. C’est magnifiquement photographié et, pour une fois, Kaminski déjoue les pièges de l’adage qui veut que l’accumulation des effets numériques détruit proportionnellement tous les efforts déployés par le chef opérateur. Ce qui est assez normal car si vous tournez sur fond vert, d’abord il faut éclairer le vert de manière uniforme, puis l’aisance requise par les mouvements de caméra fera réduire l’emploi des projecteurs, qui ne seront plus employés que pour créer une ambiance globale, sans permettre le détail, c’est-à-dire ce qui fait la spécificité d’une photographie, ce qui donne sa marque à une scène, et tout simplement ce qui écrit une impression sur la pellicule. Eh bien, dans THE BFG, Janusz Kaminski a réussi à s’affranchir de tous les obstacles potentiellement perturbateurs pour composer une lumière expressive et belle. Cela n’a l’air de rien mais confirme bien qu’au cinéma il ne faut pas ajouter mais retirer. Tout le temps. Mais pour être tout à fait honnête, il faut préciser qu’il est grandement aidé par un choix décidé très en amont (et conjointement avec le réalisateur), celui d’opter pour des prises de vues réelles. D’où l’utilisation minimale du fond vert (même si tout a été retouché numériquement en postproduction), ce qui signifie plus de place laissée à la création de la lumière sur le plateau. Finement joué, le lascar ! Toute la différence se situe dans cette manière d’appréhender le tournage : se baser sur des règles classiques, qui ont fait leurs preuves, les juger inaltérables, et les accommoder aux enjeux des avancées contemporaines (qui peuvent aussi bien provenir du jeu des comédiens que des progrès technologiques). Le tout sans privilégier ni l’un ni l’autre. La modernité d’un film s’est toujours exprimée de la sorte.

    Alors, notre bon gros Spielberg peut commencer à s’amuser. Il use et abuse des mouvements de caméra amples, ce qui est devenu la norme du cinéma numérique contemporain. C’est assez grisant mais cela place toujours le réalisateur du côté du défi technique et de la performance de virtuose plus que de celui de la mise en scène. Toujours ce refus de la simplicité et du dénuement chez Spielberg. Même s’il est vrai que ce n’est pas aussi binaire qu’il faut aussi se pencher vers le système de production qui recherche ce gigantisme à coup de millions de dollars. Bref, la parenthèse étant refermée, ces mouvements de caméra permettent à Spielberg d’établir des changements d’échelle de focales parfois bienvenus, mais de manière trop répétitive, lui faisant délaisser le montage. C’est flagrant dans les scènes d’action où nous avons encore droit à la recherche du mouvement par le cadre, alors qu’il n’y a rien de mieux pour cela qu’un montage intelligent et une échelle des plans millimétrée. Et puis, ce n’est pas totalement juste non plus de dire que Spielberg ne s’en sert pas du tout. Surtout dans la première partie. Là, il est quand même au-dessus de la moyenne. Il fait montre d’un sens de la musicalité évident, il crée de l’aération entre les scènes, il sait rythmer l’action… Il se démène avec ses gros moyens et son savoir-faire rafle toujours la mise sans être totalement convaincant. Quand on y songe, son système de jeu n’est à proprement parler pas si éloigné de celui du P.S.G. Spielberg c’est l’équipe de football du Paris Saint-Germain. Le cinéma ou le Parc des Princes, finalement, nous en sortons avec des images différentes mais des émotions similaires.

    Au niveau des défauts évidents du film : les images de synthèse. Elles sont d’une laideur infinie. Ca, ce n’est pas nouveau, je vous l’accorde, ça l’a toujours été. A l’heure actuelle, toute image recréée par ordinateur est plate, décharnée, froide, mécanique, sans aucune densité et surtout sans vie. Alors, vous allez dire que c’était le cas avant mais que maintenant tout cela a beaucoup évolué. C’est vrai les premières images de synthèse insérées dans des films, c’était épouvantable. Souvenez-vous des inserts d’ESCAPE FROM L.A. par exemple. Et même dans des productions aux budgets plus conséquents : dans ALIEN3 les rajouts du monstre font drôlement sourire aujourd’hui, dans TITANIC c’est plutôt à pleurer, dans la trilogie de LORD OF THE RINGS, les trois films sont défigurés par ces bidouillages, et si vous regardez même ces effets spéciaux des second et troisième plans c’est carrément de l’amateurisme. Il y avait tellement de travail à fournir là-dessus qu’ils ont probablement demandé à des étudiants de leur filer un coup de main. Et STARSHIP TROOPERS… A l’époque, c’était le must. Eh bien, quasiment vingt ans plus tard, le film de Verhoeven a pris une claque visuelle monumentale. Il y a l’effet de la nouveauté, l’œil qui s’excite à chaque avancée technologique, les techniques qui s’affinent, alors tout cela peut faire illusion un temps, mais à l’heure des ordinateurs et de leur puissance de feu, tout est démodé en quelques mois. Aujourd’hui, nous regardons les anciens trucages effectués en stop motion comme des effets rudimentaires. Mais dans les années 90 nous étions arrivés à un art du trucage et du maquillage totalement maîtrisé. Tout se faisait avec de la vraie matière et c’était pleinement convaincant. Il me semble que le premier ALIEN (qui date de 1979, une antiquité !) était dépourvu d’images de synthèse et encore en le revoyant nous pouvons affirmer que le monstre est incroyablement saisissant, non ? Mais aujourd’hui, nous regardons déjà les premières images de synthèse comme des effets éculés, et il arrivera forcément un jour où il en adviendra de même pour THE BFG.

    Tout cela pour dire que les images recréées par ordinateur c’est moche, ça a toujours été moche, mais ça ne le sera peut-être pas toujours. Ne considérons pas la technologie comme une ennemie. Peut-être que, dans quelques années, nous arriverons à pouvoir reproduire exactement ce qui fait l’essence d’une fumée, la texture de l’eau, l’instinctivité d’un animal, les contradictions psychologiques d’un humain. Ou peut-être pas. Peut-être n’est-ce même pas souhaitable. Ce qui est sûr, c’est qu’avec les technologies avancées d’aujourd’hui, personne n’est capable de faire de belles images de synthèse. Nous ne demandons pourtant pas de recréer des humains dans toute leur subtilité, mais juste au moins que ces images aient un sens de l’esthétique, du beau, et pas forcément du bon goût.

    Il en va de même pour la 3D, puisque le film en bénéficie. Pour bien comprendre les enjeux de la 3D, nous vous invitons à lire ou relire l’article « La potion létale (paradoxe) » que nous avions écrit en décembre 2009 dans la catégorie « Lumières ». Article sublime de bout en bout et totalement d’actualité. Six ans et demi plus tard, je vous invite à comparer comment notre vision précise et jsute s’est imposée en toute élégance, par rapport à celle du patron de Dreamworks. Rien qu’avec cet article vous aurez lu assez de critiques pour toute l’année 2016. Bonne lecture, nous nous retrouvons dans quelques minutes.



    Voilà. Maintenant que les pendules sont remises à leur place, comme dirait l’artiste, nous pouvons nous adouber et reprendre le fil de notre colloque « Les images de synthèse, c’est pas bien, la 3D, C’est vilain ».

    Là encore, avec le temps qui a coulé sous les ponts depuis AVATAR, le progrès n’a rien fait à l’affaire. La technique 3D n’a quasiment pas bougé d’un poil. Elle rend THE BFG absolument ignoble dans les scènes de mouvement où le rendu forme un magma gélatineux incohérent avec des choses qui se passent de ci de là, et en fin de compte ce n’est même pas que nous ne comprenons rien, mais que nous ne voyons rien. Comme si les techniciens cherchaient à créer des paréidolies fugaces.

    Avec tout cet argent, avec toutes ces possibilités technologiques, nous nous demandions comment il était possible que les personnes qui travaillaient à un rendu de qualité ne finissaient pas par s’apercevoir de la laideur des images qu’elles créaient. Bon, certes, il y a ce fameux effet de rémanence par entrelacement, qui est inhérent au numérique. Mais au-delà de la technique, ce sont les génériques de fin qui nous éclairent sur les causes du problème. C’est pour cela que nous ne cessons de vous conseiller de regarder les génériques jusqu’à la dernière seconde, on y apprend souvent beaucoup de choses. En fait, tous ces films surchargés de postproduction numérique font appel à des équipes colossales qui ne se connaissent pas, ne se rencontrent pas, ne communiquent que très peu ensemble voire pas du tout, et parfois même se trouvent dans des pays différents. C’est beaucoup trop de personnes. Comment voulez-vous réussir à coordonner tout ce beau monde ? C’est absolument impossible. Il n’y a pas d’application pour cela. Alors qu’avant, les équipes étaient obligées de se rencontrer puisqu’elles travaillaient en live, c’est-à-dire sur le plateau. Comme elles étaient sur le plateau, pour des raisons évidentes elles étaient forcément moins nombreuses. Et comme elles bossaient avec des vraies matières, elles les touchaient. Elles avaient un rapport direct, un rapport sensuel et impliqué. C’est cela qui faisait naître leur sensibilité artistique. Et le cinéma c’est avant tout une aventure sensuelle. Tant que la 3D s’exprimera comme une démonstration de forces, de techniques, elle passera toujours pour un gadget.

    Revenons-en à tout ce qui dessert le film. L’idée de la performance capture a permis à Mark Rylance d’incarner le rôle du géant. Et cela se sent comme le nez au milieu des affaires des autres. Dans le sens où le procédé est là pour rendre le géant le plus réel possible. Et comme la technologie ne le permet pas encore, nous avons l’impression qu’on cherche à nous cacher quelque chose, et ce qui arrive dans ces cas-là c’est que nous ne voyons que cela ! La seule chose vraiment plaisante à mettre au crédit de cet acteur, c’est la façon dont il exprime sa composition en dehors de son corps, et plus précisément avec sa voix. En effet, le géant écorche sans cesse les mots, en confond d’autres, amène son propre vocabulaire, et l’articulation et la prononciation que lui confère Mark Rylance donne une idée assez habile de sa personnalité.

    La gamine, elle, est insupportable. A ranger dans le rayon des marmots horripilants dès qu’ils surgissent à l’écran. Petit chien savant chez qui tout est fabriqué, tout sonne faux, la faute à un adultomorphisme qui fait la base de son jeu. Pas aidée non plus par les dialogues qui vont dans le même sens. Cette enfant n’a rien d’une enfant, elle n’en est que l’image. Qui plus est l’image idéalisée des adultes, nous allons y revenir en guise de conclusion.

    Quant à John Williams, qui a souvent servi de la bonne soupe populaire, il est ici clairement au-dessous de tout, livrant une composition dégoulinante de bons sentiments et à la ligne symphonique très insipide. Il erre dans tout le métrage à la recherche d’un élan mélodique ou d’une envolée lyrique. Jamais il ne parvient à faire autre chose que de l’accompagnement sonore, jamais il ne transcende le récit, jamais il ne s’érige en contrepoint. C’est mollasson et sous-alimenté. Sa présence musicale devient vite ennuyeuse quand elle n’est pas agaçante.

    Et sinon, de quoi cela parle-t-il bien, THE BFG ? C’est vrai ça, nous n’avons pas encore évoqué l’histoire. Il faut dire là aussi qu’il n’y a pas grand-chose d’original à se mettre sous la dent. C’est la sempiternelle histoire de celui qui effraie par sa différence mais qui, finalement, se trouve être plus gentil qu’il n’y paraît (merci bien, le titre parlait de lui-même !) Les vrais méchants, eux, sont dehors, et il va falloir aller les combattre. C’est sans aucune surprise de A à Z. Bon, si nous partons sur la piste du conte, à priori il y a effectivement des chances pour que tout se remette en ordre à la fin, mais jusque-là Spielberg aurait au moins pu faire l’effort de rendre grâce aux situations. Et pour cela il n’y avait qu’à suivre les indices laissés par Roald Dahl. Si Ruby Barnhill est poursuivie par des géants, il faut que le danger devienne palpable, il faut que le spectateur puisse croire qu’ils peuvent vraiment la capturer et la dévorer. Il faut injecter du risque, de la dangerosité, de la soudaineté, pourquoi pas de la brutalité, que sais-je encore… Et c’est là où Spielberg démissionne et préfère jouer la carte du spectaculaire au lieu de faire corps avec son héroïne. A chaque fois qu’il est susceptible d’arriver quelque chose de grave à un personnage sympathique, nous savons déjà bien à l’avance qu’il ne lui arrivera rien, qu’il sera sauvé quitte à utiliser le 49.3 scénaristique : le deus ex machina. Devant cette soumission du réalisateur, THE BFG porte davantage le sceau Disney que celui d’Amblin.

    A travers tout cet attirail, Spielberg en profite pour réinvestir ses obsessions régulières concernant la solitude, l’amitié, la bienveillance, la fraternité, la loyauté etc. Bien sûr, il n’aborde tout cela que par le versant simpliste et moralisateur, alors que la symbolique de Dahl nous semble bien plus intéressante (bien qu’empreinte d’un fort conservatisme). La bonne façon est de l’aborder sous l’angle du questionnement. Dès les premiers éléments qui sont portés à notre connaissance. Le plus intrigant, c’est l’orphelinat. Pourquoi choisir de situer le début de l’action dans un orphelinat ? Pourquoi une orpheline ? Les aventures que la jeune fille vit avec le géant seraient-elles différentes s’il l’avait enlevée du foyer familial ? Non. C’est donc que le choix de l’orphelinat crée du signifiant. Dans cet orphelinat, qu’y a-t-il ? Des orphelins, oui merci. Mais eux ils dorment. Et une fillette. Elle, ne dort pas. Elle ne dort pas car elle a peur. Or, le sommeil c’est le repos. Un repos qui servira à affronter la journée du lendemain. Donc, résumons. Une jeune fille. Seule. Elle a peur. Et sa peur l’empêche de profiter de la vie. Sans orphelinat, la petite fille serait en train de dormir dans son lit car son papa et sa maman veillerait à ses côtés pour l’aider à affronter les difficultés de la vie. C’est l’équation à résoudre. Allons-y. Donc, l’orphelinat c’est la matrice. L’endroit de la gestation, si vous préférez. C’est bien là que les enfants attendent que de futurs parents viennent les adopter, n’est-ce pas ? Bon. Pour qu’il y ait gestation, il faut qu’il y ait fécondation. Nous vous passons la symbolique du bras du géant qui traverse la fenêtre. Ils ont même rajouté un rideau pour ceux qui n’auraient pas compris (en fait, non, c’est pour les plus chrétiens, d’où le conservatisme). Comme le géant ne se différencie de l’homme que par sa taille, il fait référence à celui qui impressionne de par sa hauteur, suscitant le partage entre fascination et crainte (les deux émotions qui peuvent se lire lorsque Ruby Barnhill cherche à apercevoir le géant au tout début). Et donc, la référence commune c’est la figure du père, puisqu’il était tout cela au moment de notre enfance. Passons là aussi la course effrénée pour parvenir… dans une grotte ! Si ce n’est pas l’expression évidente du bas-ventre de la femme. Réunification du couple par ce symbole utérin qui est aussi une maison et plus particulièrement une cuisine puisqu’il est grandement question de cela dans cette scène. Qui dit cuisine, dit forcément implication de la femme, puisque c’est le lieu traditionnel de la présence féminine, mais dans son aspect le plus maternel. C’est donc là que l’orpheline apprend à se constituer avant d’affronter le monde extérieur, adroitement accompagnée d’une part féminine et d’une part masculine. Une fois l’enfant arrivé à terme, c’est la naissance, et si besoin est de vous en convaincre, Dahl et Spielberg s’en chargent avec cette scène où Ruby Barnhill sort du schnockcombre dans lequel elle se cachait, complètement visqueuse, tel un nouveau né recouvert de liquide amniotique et de vernix caseosa. Vous admettrez que cette scène est très parlante et n’admet aucune ambiguïté. Le parcours initiatique peut avoir lieu, et l’équation se résoudre tranquillement en fin de film.

    THE BFG se poursuit avec son scénario téléphoné et ses bons sentiments ad hoc. Bon. Il est des choses qui méritent la clémence. Et d’autres non. Et là, Spielberg va se permettre quelque chose de totalement impardonnable et de grossièrement manipulateur. Lorsque le BFG rencontre les autres géants qui veulent récupérer Ruby Barnhill pour la dévorer, Spielberg nous les présente comme des dégénérés mongoloïdes, par le trait de crayon et d’une, et de deux par leur caractérisation de bas étage. Nous voilà embourbés dans un manichéisme des plus primaires déjà peu avenant, mais ce n’est pas fini. Dans le but de nous faire avoir toujours plus de pitié et de compassion pour son BFG, il le fait humilier et martyriser par ces abrutis. Alors là, non, c’est bien trop facile d’user de tels procédés. Et ce n’est pas du cinéma, ça. C’est du fait divers. Il suffit d’ouvrir les journaux, tous les jours vous trouverez le même genre d’histoire. Et évidemment que ce sera vous les dégueulasses si vous ne trouvez pas cela triste et injuste. Nous, nous trouvons cela vulgaire et mesquin.

    Et quasiment tout le film est à l’avenant de cette manière de faire. Spielberg nous montre le monde des enfants sous l’emprise de la réussite, du bonheur, de la joie, du merveilleux, du meilleur, comme des buts ultimes à atteindre. C’est ce qui prouve qu’il ne parle finalement pas du monde des enfants vu par les yeux des enfants, comme il voudrait nous le faire croire, mais vu par ceux des adultes. Jamais l’enfant ne parle vraiment. Nous voulons dire par là que quand il parle, cela ne part jamais de lui. Chez Spielberg, tout enfant qui s’exprime ne le fait qu’à la manière d’un adulte. C’est ce que nous appelions précédemment l’adultomorphisme de la petite Ruby Barnhill. C’est un éloignement perpétuel de toute forme de sensibilité et donc de toute vérité. Même les chiens de la reine réagissent comme des chiens qui se comporteraient comme des humains. C’est tout ce qu’il y a de plus artificiel et conventionnel, et qui s’oppose brutalement à ce que peut être l’œuvre de Dickens, non pas du point de vue du folklore, mais parce qu’ici est expurgé tout ce qui compose la vérité des sentiments, et établit la noblesse et la grandeur de telles œuvres.

    Voilà donc bien ce que serait un film pour enfants. Nous avons vu en début d’article que, par définition, un film pour enfants ce serait un film fait pour les enfants qui ne peuvent pas comprendre un film pour adultes. THE BFG nous révèle que non, que ce serait plutôt un film fait par des adultes qui pensent le monde des enfants par leurs yeux d’adultes. C’est donc tout le contraire : des adultes incapables de comprendre le monde des enfants. Sinon ce ne serait plus des films pour enfants, ce serait des films tout court. Et dans le genre, c’est WHERE THE WILD THINGS ARE qui reste le maître-étalon de ce qu’il faut faire quand on veut essayer de s’approcher au mieux de leur monde sans pour autant faire un film valable uniquement pour les adultes. Et WHERE THE WILD THINGS ARE n’est pas un film pour enfants puisqu’il est pour tous. Tout comme LES 400 COUPS, HOTARU NO HAKA, VYNALEZ ZKAZY et quelques autres encore mais pas tant que ça, car ils sont très rares ceux qui se rappellent encore l’enfant qu’ils étaient. Et Steven Spielberg ne fait plus partie d’eux depuis longtemps.

    Site web:  http://maydrick.over-blog.com/2016/07/the-bfg-de-steven-spielberg-2016-royaume-uni-canada-etats-unis.html
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