Real steel est l'exemple parfait du divertissement intelligent, maîtrisé et fun qui ne prend pas le spectateur pour un gland. Autant vous prévenir tout de suite avant qu'on ne m'accuse d'être par trop subjectif, j'ai beaucoup aimé. Et cela parce que le film est admirablement construit dans sa narration (tout en crescendo avec un final qu'on attends certes mais qui est plus qu'appréciable), doté de personnages forts, de moments tout aussi forts et de plein d'autres détails qui apportent un plus bienvenue. Par exemple visuellement et esthétiquement, je ne suis pas resté insensible au travail du directeur photo, Mauro Fiore (directeur photo sur Avatar et The Island, tiens, tiens) et je n'ai qu'un regret en écrivant cette chronique, que mon ordinateur ne puisse lire les blu-ray. Sinon je vous aurais fait de sublimes captures dans la chro du blog (lien en bas).
Il n'est pas étonnant de retrouver des personnalitées comme Robert Zemeckis et Steven Spielberg en producteurs executifs de ce premier passage dans le "film d'action" pour un Shawn Levy qui a souvent été plus habitué aux comédies. Steven d'ailleurs donna un unique conseil au réalisateur, mais d'envergure, en ce qui concerne la manière de filmer les robots :
"Dès le départ, j’ai conseillé à Shawn de ne pas tout faire en images de synthèse même si la technologie le permet. Lorsque l’on travaille avec ces outils, il n’y a pratiquement rien sur le plateau face aux acteurs. Ils doivent alors agir et réagir face à du vide. Si par contre le comédien est confronté à une représentation physique réelle de l’objet, de l’événement, des autres personnages, il peut interagir avec, le toucher, le regarder dans les yeux, et son interprétation prend alors toute sa force. C’est l’unique conseil que j’ai donné à Shawn." (*)
Ce à quoi Levy renchérit : "Steven Spielberg m’a expliqué que sur JURASSIC PARK, le fait d’avoir fait construire des dinosaures animatroniques grandeur nature avait apporté une authenticité du jeu impossible à obtenir par rapport à une créature virtuelle. Il nous a conseillé de construire certains des robots en vrai. On en a fabriqué quatre à l’échelle. C’était un conseil précieux qui a mis les comédiens en situation de donner encore plus de vérité et d’émotions. Les comédiens jouaient avec de vrais robots." (*)
De fait, cette authenticité dans le rapport de l'humain face au robot n'est elle-même pas étrangère à Steven Spielberg qui avait déjà livré un de ses plus grands films avec A.I et reviendra à ces êtres de métal avec son Robopocalypse en 2013 (ouf, je suis arrivé à le dire). Comment ne pas voir dans les robots mutilés de Real Steel un rappel (certes minime) du massacre hallucinant qu'on entrevoit dans A.I ?
Mais il n'y a pas que ça. En fait, on pourrait faire dire encore beaucoup de choses à Real Steel, c'est sans doute là la marque des bons films, modestes, mais qui en ont dans le coffre. Atom, le robot récupéré par Charlie et son fils dispose d'un masque d'escrime sur le visage (voir la jaquette du blu') d'où l'on ne peut voir que deux lumières bleues, des capteurs, en guise d'yeux. Mais un fin trait peu discernable au premier abord découpe dans ce visage étrange un semblant de nez et de sourire. Atom devient Icon pour le coup. Icône pour être plus clair. Or le principe d'iconisation marche de pair avec une certaine symbolisation qui fait que n'importe qui peut dès lors s'identifier au "visage" construit et dès lors créer plus ou moins de l'empathie (une planche scannée d'un livre sur le blog --lien plus bas, je me répète-- afin d'être bien plus clair sur ce sujet).
On pourrait aussi voir dans les combats de roboxe du film une certaine critique non déguisée de notre société de consommation. Ces combats de boxe devenus aussi violents que certains jeux vidéos (coucou, c'est le joueur en moi qui sommeille qui vous parle là :D), comment ne pas y voir un divertissement poussé là dans sa logique de l'extrême, un peu comme certaines émissions de divertissement. Dès lors il n'est pas étonnant qu'Atom devienne un robot "unique" et apprécié de tous car il réinjecte de l'humain, de l'individu, de la chaleur, voire du style (la fonction "miroir" qui permet au robot de "copier" les mouvements de boxe de Charlie comme les chorégraphies de dance du fiston) dans un milieu qui s'est déshumanisé.
Et lors du grand final d'Atom contre Zeus, le film rappelle justement par la bouche de ses personnages que c'est "David contre Goliath". Mais du fait de toute la résonnance que prend ce duel, je n'ai pu m'empêcher d'y voir la bataille de l'humain contre la machine. Face à Atom qui dispose de l'improvisation liée à la personnalité de l'humain Charlie Kenton par sa fonction miroir, on a Zeus, monstre gigantesque programmé continuellement et assimilant toutes les batailles et victoires comme autant de bottes secrètes infinies. Un peu comme Gary Kasparov face à Deep Blue qui, à chaque victoire du champion russe d'échecs, finissait par assimiler celle-ci en mémoire. Il n'était donc pas étonnant qu'un jour, face à une créature électronique toujours plus gorgée, le russe finisse par perdre. Ici, c'est l'inverse, c'est en appliquant une victoire non définie en des paramètres de programmation qu'une possible et infime chance survienne...
En définitive, Real Steel est un très sympathique film porté par des acteurs constamment impliqués sur un blu-ray de toute beauté technique. Très bon moment du coup.
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