Ca ne vous est jamais arrivé, enfant, de découvrir que le Père Noël avait mal compris ce que vous aviez commandé et de vous retrouver, à un mot près, une syllabe près, avec un jouet très différent de celui dont vous aviez rêvé au pied du sapin ?
Eh bien, c’est un peu ce qui m’est arrivé tout récemment… Quand notre partenaire Cinétrafic m’a proposé de critiquer Street dance 3D, j’ai naïvement accepté la mission, en me rappelant vaguement avoir lu des critiques très positives sur ce film et son relief impressionnant. Sauf, que, comme j’ai pu m’en rendre compte après coup, lesdites critiques concernaient en fait le film Sexy dance 3D…
Non, mais c’est pas possible d’être aussi nounouille ! Enfin bon, tant pis, impossible de reculer… Je me suis engagé, il faut assumer derrière… Et puis, qui sait, peut-être que je serai agréablement surpris. Un film en relief en DVD, ça peut être sympa…
Allez j’ouvre… Oh! Ooh! Oooh! Aaaah!
Non mais qu’est-ce que c’est que ces lunettes 3D d’un autre âge !?! Des lunettes anaglyphes rouge et bleu, comme celles qui devaient permettre de voir, le 19 octobre 1982, La Créature du Lac noir en relief à la télévision, dans l’émission “La Dernière Séance” de M’sieur Eddy mais qui n’ont jamais fonctionné…
OK… Je pensais que la technologie avait un peu progressé depuis, mais apparemment, il faudra attendre la banalisation des blu-ray et des télé HD/3D pour passer à des procédés dignes de ceux utilisés dans les salles de cinéma…
Bon allez, je tente quand même l’expérience…
Non, non, non et non! Ca ne le fait pas du tout… Les images sortent en bleu et rouge, ça file un mal de crâne épouvantable, on a l’impression que tout est flou… Impossible de regarder un film dans ces conditions.
Heureusement, les gens de Metropolitan FilmExport ont eu la bonne idée de mettre aussi la version 2D dans le boîtier. Ce sera peut-être moins fun, mais au moins, je n’aurai pas besoin de carburer à l’aspirine et à l’ibuprofène…
Hop, on retente…
OK, c’est toujours aussi flou, même dans la version 2D… Deux secondes, je vérifie… Si, si, c’est bien ça… C’est bien la version 2D… L’introduction cumule effets de flous et ralentis, tout ce que je déteste au cinéma…
Oh, là je crois que ça ne va pas être possible… Je veux bien faire des efforts, respecter mes engagements, mais la perspective de voir pendant 90 minutes un film sorti d’on ne sait où, réalisé par “Max & Dania” (sic) et truffé d’effets “floutage de gueule”, ça ne m’enchante pas des masses…
Bon OK, dernière tentative… Tiens, ça se calme un peu…
On fait connaissance avec les personnages sur le “Begging” de MadCom – cool…-
Impossible de retenir tous les prénoms de la quinzaine de membres de la petite troupe, mais on comprend quand même que ces ados londoniens remuants sont de véritables cracks du hip-hop et de la StreetDance et qu’ils espèrent bien remporter le titre de champions d’Angleterre face à leurs grands rivaux, les Surge.
Le hic, c’est que Jay, leur leader, une sorte de sosie de Thierry Henry, a décidé de tout plaquer pour se concentrer sur ses études… C’est à sa petite amie, Carly, de diriger la troupe, de s’occuper de la chorégraphie pour la grande finale et de gérer les problèmes d’intendance.
Las, ça commence mal, elle omet de réserver leur salle de répétitions et le groupe se retrouve à la rue. Bon là, vous allez me dire que, quand on fait de la StreetDance, ça ne devrait pas être un problème… Sauf qu’en Angleterre, c’est bien connu, il pleut ; que la pluie, ça mouille les cheveux ; et que les filles, ça n’aime pas avoir les cheveux mouillés…
Bref, la jeune femme doit de toute urgence trouver un toit…
Helena – Charlotte Rampling, ah tiens, le niveau remonte d’un cran… – professeur de danse classique, accepte de leur prêter une salle, à la seule et unique condition que la troupe intègre ses petits protégés, tellement focalisés par leur technique qu’ils en ont oublié l’essentiel : l’envie et le dynamisme.
Carly a moins d’un mois pour convertir ces danseurs de ballet raides comme des piquets au hip-hop et à la breakdance et espérer remporter le championnat…
Impossible? Mais non… Magie du cinéma, on se doute bien que toute cette petite troupe finira bien par réussir à travailler ensemble et remporter le championnat, non sans avoir compris qu’il peut être bon de mixer les styles et les cultures et, au passage, instillé un peu d’amûûûr dans le coeur des personnages…
Voilà pour le scénario, qui manque un peu de relief – décidément… – et qui ne se distingue pas vraiment des autres films du genre.
Les comédiens ne relèvent pas franchement le niveau. Bien sûr, les filles sont sexy à souhait, les gars ont des abdos en acier trempé et ne se privent pas de les montrer (mais euhhh, pourquoi eux ils ont les tablettes de chocolat et moi j’ai de la mousse?) mais niveau jeu dramatique, c’est pas trop ça…
Il y a bien Charlotte Rampling, mais elle est curieusement sous-exploitée…
Mais après tout, on se moque un peu du scénario, tout comme on se fiche un peu que les acteurs ne soient pas très convaincants…
Quand on regarde ce type de film, on ne s’attend pas à un chef d’oeuvre cinématographique. On est dans le registre du pur divertissement.
Ce qui importe, ce sont les numéros dansés, les chorégraphies, le choix des musiques, l’inventivité déployée.
Et là, force est de constater que, dans le genre, c’est plutôt réussi.
Bon attention, on n’est pas chez Bob Fosse ou Bubsy Berkeley, non plus… Mais les numéros musicaux sont entraînants et joliment exécutés soit par les comédiens, soit par de véritables groupes de StreetDance, comme Flawless, qui incarnent les Surge ou Diversity. Et là, contrairement à bien des films musicaux récents, le montage dédaigne l’accumulation de plans de moins d’une seconde pour laisser le temps d’admirer les chorégraphies. Ca c’est une vraie bonne idée.
La bande-son, elle, donne une furieuse envie de bouger (N-Dubz, Tinie Tempah, Lightbulb thieves, Chipmunks – sans Alvin, hum… désolé). Et l’environnement sonore est particulièrement soigné, exploitant tout le potentiel du Dolby 5.1 (c’est rare !).
Bref, c’est un spectacle plutôt sympathique, sans prétention aucune, sinon de rendre communicatif le plaisir de la danse… C’est sans doute tout ce que lui demandent les amateurs de ce type de film…
Evidemment, d’un point de vue cinématographique, on aurait aimé avoir quelque chose de plus consistant à se mettre sous la dent.
Quoi !?! Qui a dit la 3D? Toi, tu sors…
Pas besoin de porter les fameuses lunettes pour deviner quels étaient les effets 3D dans ce film, et franchement, c’est assez pauvre… Un ou deux danseurs qui sautent hors de l’écran, des gouttes de pluie, un gugusse qui balance sa casquette au public. Waouh! Ca valait le coup de faire un film en relief…
Tiens d’ailleurs, apparemment, c’est normal que ça ne fonctionne pas. Un de nos confrères anglais nous donne l’explication sur son site 3D Vision Blog : le film a été encodé pour un relief anaglyphe rouge/vert et les lunettes fournies sont anaglyphes rouge/bleu… Oh la boulette ! Etonnant de la part d’un éditeur aussi renommé que Metropolitan FilmExport…
Mais bon, pour des effets aussi peu intéressants, pas de quoi en faire tout un plat. Autant regarder tranquillement la version 2D. A moins de casser sa tirelire et de s’offrir téléviseur 3D, lecteur Blu-Ray et la version 3D active Blu-Ray, qui apparemment fonctionne à merveille, elle...
C’est un peu comme les jouets erronés au pied du sapin : ce n’est pas parce que ce n’est pas ce à quoi on s’attendait qu’on ne peut pas s’amuser avec…
Site web:
http://www.anglesdevue.com/dvd/2010/11/01/streetdance-3d/